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HÉROS ET VICTIME

HÉROS ET VICTIME

 

 

 






La Société actuelle offre à nos contemporains un curieux mélange d'exigence, de normes  et d'absences de règles. 

 

Il faut à la fois être autonome et conforme aux normes.

 

Personnel et normalisé.

 

Il faut à la fois faire preuve d'initiative, de créativité et de respect de textes de plus en plus nombreux et contraignants.

 

La Société devient de plus en plus judiciarisée et de plus en plus laxiste.

 

Il s'ensuit un clivage intérieur difficile à combler.

 

Conséquence imprévue de l'hyperindividualisme mettant en avant la personne et l'éthique de chacun, ce n'est plus le for intérieur qui est le siège du tourment, mais l'immense chaos du monde alentour, l'absence de limite et de frontière (rien de plus angoissant, comme le montrent, les psychanalystes), l'impossibilité de trouver un socle sûr, quelque chose de solide, de fort, d'indiscutable.

 

Acculés à s'autoconstruire (ce qui est un fantasme très actuel, comme le montre Olivier Rey dans « Une folle solitude. Le fantasme de l'homme autoconstruit »), nos contemporains se trouvent pris entre les deux termes d'une alternative inattendue :

 

. soit se battre pour se « révéler » à soi-même et aux autres,

 

. soit subir, parce que l'effort est trop grand, l'issue trop incertaine, les événements trop défavorables, parce que la fatigue gagne, comme le laisse entendre le titre si bien choisi d'un livre d'Alain Ehrenberg : « La fatigue d'être soi ».

 

Dès lors, courageux souvent mais indécis sur ce qu'il convient de faire, nos contemporains sont pris entre deux tentations  : la tentation stoïque voire héroïque (chacun héros de soi-même et pour soi-même) ; ou la démission de la volonté et le réflexe de se poser en victime, ce qui inaugure un combat d'un autre type : se faire reconnaître comme plaignant -dûment ou indûment-, trouver les témoins, les médecins, les approbateurs de l'injustice subie.

 

D'un côté, une surtension de la volonté ; de l'autre une abdication assortie d'appels à témoins, les rôles de victimes et de témoins étant interchangeables.

 

Dans les deux cas, on remarquera la quête pathétique du regard et de bienveillance de l'autre, des autres.

 

Bien entendu, parlant ici de solitude, il s'agit de solitude existentielle, et cette solitude-là peut très bien être éprouvée au milieu d'une quantité de gens et même d'amis.

 

Il s'agit d'une fragilité totale, absolue, qui peut briser les plus faibles comme les plus performants.

 

Les uns s'effondrent ; les autres « cassent », à moins d'être soutenus, entourés, accompagnés.

 

Les psychanalystes confient voir de moins en moins de patients obsédés par la culpabilité mais de plus en plus d'analysants victimaires.

 

De fait, le monde devient peuplé de victimes et truffés de coupables désignés : ce sont les autres, toujours.

 

Nous ? Non, évidemment !!!! 

 

 

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