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SUICIDES DANS LES ENTREPRISES (2)

SUICIDES DANS LES ENTREPRISES (2)

 


Ce qu’ils en disent

 

 

 


« Il y a des cas de suicides que l'on ne peut imputer à des difficultés dans l'espace privé : troubles névrotiques, psychotiques, dépressifs, des symptômes précurseurs, ni à un terrain de vulnérabilité particulière. C'est même là aussi une bascule pour la psychopathologie générale.

 

Ce qui est surprenant c'est que nous avons des personnes qui vont très bien et qui se suicident. On ne peut les expliquer avec les références habituelles de la psychiatrie. Il y a une bascule dans l'ordre social, dans le fonctionnement de la société, c'est aussi le signe d'une rupture dans la culture et la civilisation : les gens se tuent pour le travail.

 

Du coup, on est obligé de revenir à ce qui se dit sur la solitude.

 

Avant, il y avait les autres, un collectif de travail, des stratégies de défense. On ne laissait pas un type s'enfoncer. J'ai vu des ouvriers alcooliques qui ne pouvaient pas monter sur les toits pour travailler. Les copains lui demandaient de rester en bas. Ils faisaient le boulot à sa place. Vous vous rendez compte de ce que cela veut dire en termes de prévention de l'accident, de prévention du suicide, de prévention des troubles psychopathologiques ? C'est impensable aujourd'hui ! On apprend aujourd'hui le pire alors qu'on apprenait le meilleur hier : la solidarité. C'est parce qu'on a adopté de nouvelles méthodes au travail que l'on a aujourd'hui un désert au sens d’Hannah Arendt du terme : la solitude totale.

 

A partir des années 1980, les gestionnaires se sont imposés dans le paysage, en introduisant l'idée que l'on pouvait faire de l'argent non pas avec le travail mais en faisant des économies sur les stocks, les ratés, les retouches, les effectifs.

 

Tout ce qui est à la marge peut être l'objet d'économies.

 

Partout, on vous apprend que la source de la richesse c'est la gestion des stocks et des ressources humaines, ce n'est plus le travail. Nous le payons maintenant !

 

Cette approche gestionnaire croit mesurer le travail, mais c'est conceptuellement et théoriquement faux !

 

Il n'y a pas de proportionnalité entre le résultat du travail et le travail. C'est très grave, car cela signifie que la comptabilité est fausse. D'où la contestation.

 

Les gestionnaires qui ne regardent que le résultat ne veulent pas savoir comment vous les obtenez : c'est un contrat d'objectif, disent-ils.

 

C'est comme ça que les salariés deviennent fous, parce qu'ils n'y arrivent pas.

 

Les objectifs qu'on leur assigne sont incompatibles avec le temps dont ils disposent.

 

Cette logique gestionnaire se rapproche-t-elle de la logique totalitaire selon la conception d'Hannah Arendt ?

 

C'est assez difficile d'être affirmatif mais la question est posée, car les gens sont amenés à faire des tâches qu'ils réprouvent et il y a une machinerie très puissante qui est mise en œuvre et qui a avec le totalitarisme ce point commun qu'on traite l'humain comme quelque chose d'inutile, d'interchangeable.

 

On lance des slogans pour faire croire qu'on fait des ressources humaines mais dans la réalité, c'est la gestion kleenex : on prend les gens, on les casse, on les vire.

 

L'être humain au fond est une variable d'ajustement, ce qui compte, c'est l'argent, la gestion, les actionnaires, le conseil d'administration. »

 

« L'idéologie de certaines entreprises, c'est de casser les gens, les faire plier.

 

Les gens ne comprennent plus.

 

D'un côté, on demande aux cadres de virer des gens, de l'autre, on leur dit, vous êtes responsables de dépister les gens qui ne vont pas bien.

 

La responsabilité incombe à ces managers tiraillés entre recevoir l'ordre de casser les gens et d'en assumer la responsabilité.

 

Ils tombent malades. Mais il y a aussi le suicide, l'infarctus, l'hémorragie cérébrale.

 

Pour en sortir, il faut un accord négocié sur la démarche et sur la cohérence par rapport à la politique de l'entreprise. »

 

«Ce qui a changé, c'est qu'aujourd'hui, les entreprises reconnaissent que les suicides des salariés ont un lien direct avec le travail.

 

Avant, on mettait ça sur le dos de 'problèmes de couples' ou de caractère dépressif. »

 

« Notre mission commence, mais on peut d'ores et déjà observer une nette amélioration des conditions de travail.

 

L'objectif était de remettre l'homme au cœur du processus et de rétablir le dialogue.»

 

 

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