L'ESSENTIEL AU COEUR DE L'IMPORTANT "Le sens éthique est l'ultime intelligibilité de l'humain." (Emmanuel LEVINAS) Vous trouverez sur ce site plus de 2000 textes de réflexion sur le Management des Ressources Humaines et l'Ethique. Comment concilier
EXERCER SON AUTORITÉ
Les managers sont confrontés tôt ou tard à cette question angoissante : ai-je besoin d’affirmer mon autorité ?
Disons le tout net : c’est un mauvais signe ; car nous n’avons besoin d’affirmer que ce qui est mis, remis en cause.
L’impératif du commandement ou la qualité de l’obéissance.
Et pour (ré)affirmer son autorité, le manager passe alors dans… l’autoritarisme !
Il interprète la moindre contradiction d’un collaborateur comme de l’insubordination ; et l’arbitraire reprend ses droits, jamais assouvis.
Mais l’autoritaire n’a plus d’autorité, si l’on y réfléchit bien.
C’est pourquoi il ne peut mouvoir ses semblables qu’en recourant au jeu dangereux des menaces et des promesses.
En effet, l'autorité se définit comme le droit ou le pouvoir de commander, de se faire obéir sans recours à la contrainte physique ou morale.
C’est à dire que l’autorité véritable se soucie toujours de son libre respect et acceptation par les autres.
Affirmer son autorité consisterait alors à s’assurer de cette liberté chez eux.
L’origine du terme «autorité» est ici très instructive, ouvrant sur des considérations très positives : il est issu du latin auctor, dérivé de augere : celui qui accroît, qui augmente, amplifie, d'où créateur, fondateur, auteur. Dans les dérivés de augere, on retrouve la notion d'augure, celui qui donne les présages favorables assurant l'accroissement d'une entreprise (au sens d'entreprendre quelque chose).
Ainsi, le non recours à la contrainte physique ou morale pour se faire obéir n'élimine pas toute contrainte, mais souligne le caractère psychique de l'autorité : la confiance.
Si on retient cette résonance du mot qui évoque la création, la fondation, l'augmentation, en même temps que le présage favorable (on pourrait dire la prévision, le vision de l'avenir), on introduit dans l'exercice de l'autorité une dimension différente, en ce sens que ce n'est plus le commandement et l'obéissance qui sont au premier plan, mais le fait que l'ordre ou la référence donnés dépasse, dans la perspective du bien commun, celui qui les donne ou qui les reçoit.
Le premier commande au nom d'autre chose que de lui-même (de son pouvoir, de son gré, de son humeur, etc.), en distinguant l'ordre donné de celui qui le donne ; et il en est de même pour le second qui obéit au nom d'autre chose que de la seule soumission ("sous peine de…") : ils sont partenaires au service d’une cause commune.
Cette notion de partenariat implique que celui qui commande n'est pas "supérieur" à celui qui obéit, mais reste son égal dans la perspective d'une finalité que tous deux doivent connaître et dont tous deux auront à répondre, chacun dans le domaine qui lui est propre.
C'est une des conditions qui paraît nécessaire pour que l'autorité soit comprise, acceptée et devienne ainsi fructueuse.
Le respect sans contrainte de l'autorité est une condition de la liberté, dans le travail en particulier, comme d’ailleurs la manière dont on commande est le reflet de sa propre capacité à obéir ou à répondre.
Comme le disait André Malraux : « Être roi est idiot. Ce qui compte, c’est de faire un royaume».