L'ESSENTIEL AU COEUR DE L'IMPORTANT "Le sens éthique est l'ultime intelligibilité de l'humain." (Emmanuel LEVINAS) Vous trouverez sur ce site plus de 2000 textes de réflexion sur le Management des Ressources Humaines et l'Ethique. Comment concilier

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APPARENCES

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Evidemment, on le rabâche depuis l'enfance, il ne faut pas se fier aux apparences.

 
Et pourtant, le monde moderne ne fait que pousser à cela : ne pas aller au-delà.

 
Tout va si vite, trop vite.

 
Nous vivons comme sidérés par le double culte de la vitesse et de l'instant.

 
Dès lors, nulle recherche ou, sans être excessif, peu de profondeur, absorbés que nous sommes à aller de moment en moment, surfant sur les vagues tranquilles de la superficialité.

 

Dévorante, cette tendance se heurte cependant à un besoin très vif, tout aussi prégnant : au niveau personnel, une quête d'authenticité (chez les autres), de reconnaissance de sincérité (chez soi-même), qui semble avivée dès lors que celle-ci touche à la question de l'identité (celle qu'on perçoit dans le regard de l'autre, celle qu'on pense être corrélée à l'estime de soi) - la question est centrale dans un monde fortement individualisé.


Dans La Société contre elle-même, où il analysait ces étranges mécanismes qui font systématiquement se transformer de bonnes nouvelles en mauvaises (encourageant le déclinisme ambiant), le sociologue Roger Sue examinait une distorsion similaire sur la question du lien social : un "gap" entre la perception globale, les apparences de son évolution et la réalité subjective vécue par chaque individu.


"Il existe un fossé énorme entre ce que l'on peut vivre dans ses relations de proximité,
écrivait-il, et ses propres réseaux et la réalité du monde social en général.


Entre vie privée et vie publique, pour simplifier.


Entre la montée des valeurs d'individualité, d'autonomie, de liberté, d'égalité et d'association et un monde où règnent toujours la violence, l'insécurité, la pauvreté et l'exclusion, évoquant plutôt une grande fragilité du lien social."


C'est aussi toute la question des rôles, en société, et de ce que nous sommes, dans l'intimité.


"L'écart
(de perception) relevait encore Roger Sue, paraît d'autant plus important que nos attentes sont fortes et que notre regard s'est modifié.


C'est que nous avons changé plus vite que la réalité, qui nous semble de ce fait plus insupportable et plus dégradée encore.


Parce que nous sommes beaucoup plus attentifs à la qualité du lien social, nous sommes également plus sensibles à ses atteintes."


Plus l'homme s'affirme, plus il s'expose aux blessures narcissiques.


La thématique du harcèlement, entre autres, se nourrit sur ces fondements.


Tandis que les plus jeunes, plus durablement rebelles aux hiérarchies, supportent mal toute organisation verticale, où ils ne se sentent que des pions.


En quête de sens sur leurs propres fonctions, les hommes ne veulent plus être gouvernés, comme ils furent jadis, en entreprise ou dans la vie publique.


Jeffrey Pfeffer et Robert Sutton, professeurs de management et comportement organisationnel à Stanford, ne disent rien d'autre quand ils énoncent ce que "doivent faire les bons leaders" (Faits et foutaises dans le management) :


"Donner confiance tout en reconnaissant les réalités et leurs propres limites",


 
"ne pas perdre le sens de la mesure en conservant une attitude sage et une modestie suffisante",

 
"apprendre quand et comment s'effacer devant leurs collaborateurs et les laisser apporter leur contribution à l'organisation",


"établir les conditions préalables et les plus favorables à la réussite des collaborateurs"
.

 

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