L'ESSENTIEL AU COEUR DE L'IMPORTANT "Le sens éthique est l'ultime intelligibilité de l'humain." (Emmanuel LEVINAS) Vous trouverez sur ce site plus de 2000 textes de réflexion sur le Management des Ressources Humaines et l'Ethique. Comment concilier

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QUEL SENS DONNER AU TRAVAIL ? (Suite)


QUEL SENS DONNER AU TRAVAIL ? (Suite)



Le travail n’a pas pour but d’éviter de se poser la question du sens du travail.


Car c’est la personne elle-même, dans ses multiples dimensions, qui alors en pâtit.


C’est ce mécanisme qu’il faut inverser, en partant de la personne et de ses besoins.


La personne n’est pas donnée, elle l’est moins que jamais, elle est à construire.


C’est ce que le personnalisme a toujours dit, mais les conditions sociales font que ce qui était une exigence est devenu une nécessité vitale aujourd’hui, tant pour chacun d’entre nous que pour la collectivité.


Pour emprunter le langage de l’économie, on peut considérer que la construction de la personne repose sur la satisfaction de trois besoins distincts et complémentaires :

  • Les besoins matériels, au sens large du terme, qui sont satisfaits par le travail rémunéré accompli pendant un temps productif pendant lequel l’individu est soumis à des normes d’efficacité. Le travail permet à la fois la socialisation et, grâce à sa rémunération, l’autonomie. Comme disait Mounier, «il arrache l’individu à lui-même», mais, ajoutait-il, il doit le faire «pour affirmer la personne». Mais, parallèlement, deux autres types de besoins de la personne doivent être également pris en compte.
  • Les besoins relationnels, avec la famille, les amis, les compagnons. Ces besoins relationnels relèvent du temps, du don, du mécanisme du «donner-recevoir-rendre», grâce auquel les individus sont liés entre eux par un jeu de créances et de dettes jamais soldées et qui, pour cette raison, font lien, contrairement à l’échange marchand ou utilitariste qui se clôt sur lui-même et laisse les individus autonomes mais déliés ; ces besoins relationnels sont satisfaits dans le cadre d’une activité domestique, familiale, éducative ou bénévole, qui, souvent, n’est ni véritablement du travail, ni véritablement du loisir : il y a bien un effort pour produire un service, mais la norme de cet effort est autogérée par celui qui l’accomplit ; ce temps d’activité volontaire et de don est appelé à jouer un rôle croissant dans une société davantage libérée de la pression nécessiteuse du travail classique, c’est un élément essentiel de la construction de la personne explorant ses propres possibilités de développement ; mais les conditions d’accès choisi à ce temps d’activité, les modalités de sa reconnaissance sociale restent toutefois à définir et à construire.
  • Les besoins spirituels, que l’on peut définir comme l’intériorisation des ressources symboliques qui permettent de répondre aux questions que posent chaque existence et sa confrontation inévitable avec le mal radical. Ils supposent de jouer le jeu d’un temps particulier, avec ses règles propres, temps long en tout cas, temps d’accumulation, de recherche, de tâtonnement, d’intériorité, de méditation, débouchant soudain, sans programmation, sur des certitudes, des apaisements. La privatisation de fait de la question du sens, l’affaiblissement des grands systèmes de sens donnent une acuité particulière à ces besoins-là.

Cette distinction peut permettre d’approcher sinon le sens du travail, qui appartient largement à chacun, du moins les conditions d’accès à ce sens.


Il importe tout d’abord de considérer que ces trois besoins constitutifs de la personne doivent être placés sur le même plan et considérés avec le même intérêt, tant par chacun d’entre nous que par la société, alors que la tendance naturelle est qu’ils empiètent les uns sur les autres.


Pour les personnes, il apparaît que le travail a d’autant plus de sens qu’il a un contenu relationnel et spirituel fort et qu’il correspond donc à une vocation.

 

Il est donc essentiel de rapprocher travail et vocation.


Mais le travail, ainsi valorisé et épanouissant, ne doit pas contrarier ou comprimer le temps relationnel qui doit exister aussi indépendamment du temps de travail.


C’est à chacun de rechercher en permanence l’équilibre qui correspond le mieux à sa nécessité intérieure, à celle de ses proches, à celle de ses enfants, à sa conception de son rôle parental ; à tout moment de sa vie, avec le discernement nécessaire, en évitant aussi bien la vacuité, la dispersion que le trop-plein.

 

 
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