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ESPÉRER MALGRÉ TOUT

ESPÉRER MALGRÉ TOUT

 







Pouvons nous encore parler d'espérance, alors que la résignation au cours des choses semble la voie de la sagesse, que les utopies sont reléguées au rang des accessoires ?


La crise que traverse le monde aujourd'hui est due, dans une large mesure à un ensemble de mutations sociales et culturelles rapides, profondes, et qui ont une dimension mondiale.


Nous sommes en train de changer de monde et de société.


Un monde s'efface et un autre est en train d'émerger, sans qu'existe aucun modèle préétabli pour sa construction.


Des équilibres anciens sont en train de disparaître et les équilibres nouveaux ont du mal à se constituer. La figure du monde qu'il s'agit de construire nous échappe.


Si la figure de l'avenir nous échappe, si l'avenir de notre humanité est si difficilement pensable, comment parler encore d'espérance ?


Pour beaucoup de nos contemporains, penser l'avenir est bien difficile.


La France est le premier pays en Europe pour le nombre de suicides chez les jeunes.


Poser ce geste, si diverses qu'en soient les raisons, n'est-ce pas avouer une désespérance ?


Si l'avenir semble clos, comment alors parler d'espérance ?


La crise que nous vivons n'est pas seulement celle de mutations économiques, culturelles, de mises en question de notre rapport au temps, c'est aussi la crise de systèmes d'explication du monde qui permettaient de donner sens à des projets, à l'histoire, et qui, de ce fait, donnaient des raisons d'espérer.


Cette situation conduit le théologien allemand Jurgen Moltmann à poser la question suivante :


Existe-t-il dans cette situation globale faisant suite au « siècle des commencements » (le XIXè siècle) et au « siècle de la fin » (le XXè siècle), une renaissance de l'espérance valable pour la vie toute entière, pour tous les hommes et pour la terre, commune à tous et n'allant pas de pair avec une menace de destruction pour tout ce qui est autre et tous ceux qui sont différents ?


« L'espérance ne va pas de soi », pour reprendre une expression de Charles Peguy.


Le temps de crise et de mutation que nous vivons bouscule l'espérance.


Quel regard portons nous sur ce monde en mutation et sur les femmes et les hommes avec qui nous travaillons ?


Est-ce un regard qui ne prend en compte que les obstacles et les difficultés à vivre ?


Un regard qui ne s'attache qu'à ce qui s'écroule dans nos sociétés ?


Ou bien notre regard, sans oublier les dimensions évoquées plus haut, s'attache-t-il aussi aux situations, aux événements, aux actes qui ouvrent un avenir à une personne ou à l'humanité ?


Ce temps de crise nous pousse à discerner dans le présent ce qui germe de l'avenir.


N'est ce pas un premier pas sur le chemin de l'espérance ?


Espérer, c'est, malgré tout, parier sur l'avenir : c'est considérer qu'un avenir est possible pour une personne, pour un groupe.


Cela peut aussi se résumer ainsi : "Soyez heureux, restez heureux, mais surtout, rendez heureux."



 

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