L'ESSENTIEL AU COEUR DE L'IMPORTANT "Le sens éthique est l'ultime intelligibilité de l'humain." (Emmanuel LEVINAS) Vous trouverez sur ce site plus de 2000 textes de réflexion sur le Management des Ressources Humaines et l'Ethique. Comment concilier
REPRÉSENTATION DE SOI
En notre époque, quelle représentation de soi les parents ont-ils tendance à offrir à leurs enfants, souvent en toute inconscience ?
Celle d'un Moi qui pratique le libre-échange ; qui se veut libre de tout faire en dehors de toute loi, et refuse donc l'autorité et ce qui la soutient (le père, l'Etat).
Un Moi pour qui l'autre est soit un concurrent à combattre, soit un moyen à utiliser pour son plaisir personnel.
La centration sur soi rend chacun moins attentif à l'autre.
Et même l'autre n'existe que s'il sert.
Le passé est passé, il faut progresser : les vieilles valeurs des parents n'ont plus cours, ils ont à démissionner de leur rôle, ou à le soutenir en ne comptant que sur leurs propres forces, sans qu'il leur soit reconnu une autorité pour transmettre des images d'identification forte.
C'est que, paraît-il, on se fait soi-même, en dehors de tout héritage.
Telle est la vulgate actuelle.
En fait, le sujet ainsi constitué a une représentation de soi incertaine. Il ne parvient pas à devenir autonome, il reste dépendant du regard de l'autre.
Dès lors la personnalité se construit désormais selon deux versants :
Selon le mythe moderne de l'autocréation, je n'ai besoin de personne ! Je suis tout puissant, aucune loi ne doit me contraindre.
En même temps, à côté de cette inflation imaginaire, la personnalité de l'homme moderne est faible, peu structurée.
Il a besoin d'une reconnaissance extérieure pour exister. Il doit être en démonstration pour combler le manque intérieur de représentation de soi.
Le sujet se trouve alors pris dans le mécanisme suivant : je montre ce que je voudrais être (l'idéal que je ne suis pas), l'autre me prend pour mon apparence (je peux donc le mépriser de me satisfaire en se méprenant sur moi).
L'identité de l'homme moderne devient de plus en plus fragile ; il dépend du regard de l'autre pour persévérer dans son être (s'il l'a compris il peut en tirer du profit ; ce dont on ne se prive pas, comme on sait !).
Tel est le piège du narcissisme.
Avant l'homme devait endurer une autorité pour être, aujourd'hui il doit souffrir la dictature du regard de tous.
Avant il se représentait dans une identité assurée parce que limitée.
Aujourd'hui, il peut tout, et en même temps il n'est rien.
Le Moi actuel balance interminablement du tout au rien, diraient les psychanalystes.
L'homme moderne devient schizophrène et de plus en plus fragile.