L'ESSENTIEL AU COEUR DE L'IMPORTANT "Le sens éthique est l'ultime intelligibilité de l'humain." (Emmanuel LEVINAS) Vous trouverez sur ce site plus de 2000 textes de réflexion sur le Management des Ressources Humaines et l'Ethique. Comment concilier

La pensée moderne fait de l’homme le sujet de son histoire.
L’homme se pense par rapport à lui-même.
Descartes fait table rase de la pensée philosophique antérieure.
Pour la rendre plus performante, il privilégie la raison et son mode propre d’analyser, de synthétiser, de clarifier en distinguant, et il la soustrait à toute soumission à un ordre supérieur.
Cette philosophie moderne, toute égocentrique, est donc accompagnée d’une anthropologie pensant la nature humaine comme complète, suffisante, autonome, indépendante à l’égard de tout ordre supérieur.
L’homme est seul sujet de sa pensée et de sa conduite morale.
Solitude de l’homme.
L’homme est à lui même sa norme. Il définit sa normalité. Aucun devoir ne lui est imposé par des lois dites naturelles. Il rejette toute pensée de soumission ou d’obéissance. La liberté est un absolu qui consiste à se libérer de tout déterminisme et de toute raison, pour se créer soi-même enfin libre.
Les sciences physiques et biologiques ont réalisé, avec la technique appliquée, une libération de beaucoup de contingences naturelles dans le travail et la vie courante.
Les sciences humaines - que beaucoup ignorent - donnent un outil pour penser l’homme par rapport à lui-même. La pensée est alors celle de la phénomèlogie qui, par méthode, met la transcendance hors circuit. Elle ne cherche plus l’essence des choses, ni les causes au delà du sensible, et cela laisse l’esprit insatisfait.
Désormais la vie prime sur la pensée, l’expérience personnelle ou le vécu, sur l’enseignement reçu.
L’histoire a perdu sa profondeur ; la durée a perdu ses certitudes et n’est plus source de sagesse ; le présent est aplati à l’instant.
Paradoxalement, le monde artificiel, dans lequel nous vivons, libère sans aucun doute de très nombreuses contraintes naturelles et il apparaît, dans un premier temps, salutaire. Mais il invente de nouvelles contraintes par de multiples réglementations.
Le type de développement actuel privilégie l’essor matériel et l’instantané.
Par ailleurs, puisque la loi n’est plus celle, absolue et universelle, d’un ordre supérieur, la conscience individuelle n’est plus réglée par une Vérité objective, mais livrée à sa seule sincérité subjective. Or celle-ci ne libère pas, comme le faisait la Vérité. Elle laisse l’inquiétude de tout ce qui est transitoire.
Ce qui est vrai aujourd’hui ne le sera pas demain. A quoi bon s’engager dans ce qui n’est pas sûr ?
Cette subjectivité sans transcendance favorise une hypertrophie du « moi » qui est le seul repère central de la pensée et de l’activité. Ce « moi » pathologique, que l’on rencontre tous les jours, n’a pas de bien supérieur à préférer à la satisfaction instantanée.
Ainsi la loi et ses représentants, les institutions, la hiérarchie n’ont plus désormais qu’une valeur relative et utilitaire.
La modernité est encore tiraillée par une autre contradiction. Chacun est amené à suivre l’organisation de la vie quotidienne, des transports, des services publics, des loisirs « imposés ». En opposition à cette massification se développe l’individualisme le plus extrême.
Ces conditions nouvelles de la modernité ajoutent au malaise intellectuel un certain malaise existentiel. Celui-ci est lié à l’isolement provoqué par la suppression des proximités naturelles.
Il vient aussi de l’impression d’insignifiance et d’inexistence que l’on a lorsque l’information des médias confronte la vie individuelle à la mondialité des problèmes.
L’individu n’existe pour personne.
Ce monde est de plus en plus adapté aux forts et aux durs.
Enfin, sans le secours d’aucune transcendance, chacun est invité à se penser seul, et cela est redoutable pour ceux dont la fragilité psychologique est latente.
Qui est capable de surcroît de conscience ?
Par manque d’être, on se rattrape avec avidité sur l’avoir.
Ne nous étonnons pas si, malgré tout le confort et le progrès apportés par la modernité, le mal-être métaphysique engendre tant de dépressifs, de désespérés, de drogués, de suicidaires, parmi ceux dont la psychologie est fragilisée.
En conclusion, l’épreuve du malaise et du mal-être résulte de l’absence du refus de toute transcendance.