L'ESSENTIEL AU COEUR DE L'IMPORTANT "Le sens éthique est l'ultime intelligibilité de l'humain." (Emmanuel LEVINAS) Vous trouverez sur ce site plus de 2000 textes de réflexion sur le Management des Ressources Humaines et l'Ethique. Comment concilier
CONFIANCE ET FINANCE
Complexité du monde de la finance
Lorsqu’on aborde le domaine de la finance, on est frappé par la sophistication du langage financier : le monde financier se protège par un vocabulaire très complexe.
La globalisation est également une source de complexité.
Enfin, la finance repose sur des programmes informatiques sophistiqués.
Pas de finance sans confiance
La finance est fondée sur la confiance.
On peut affirmer que la finance utilise deux matières premières : l’argent et la confiance, et en y réfléchissant bien, la confiance et la confiance.
Un billet de 500€ ne vaut pas plus de 1€ !
Pour introduire de la confiance, il faut du travail, du désir ou un besoin.
Une banque, c’est des dépôts et des crédits.
L’équilibre entre dépôts et crédits suppose la confiance : si tous les clients d’une banque allaient en même temps retirer leur argent, ils ne le trouveraient pas ; la banque ne pourrait pas les rembourser. Leur argent est ailleurs.
Cet équilibre repose sur le fait que les clients font confiance.
Au début de la crise, signe de défiance, des centaines de ménages britanniques faisaient la queue devant leur banque pour récupérer leur argent.
Dés que le voile de la confiance se déchire, cela entraine de la violence sociale.
Cela n’a pas été le cas en France.
Sur le logo de la Caisse des Dépôts, fondée en 1816, est encore inscrit ‘’ Foi publique’’.
Cette confiance est à la fois de la raison et un abandon de la raison.
Il y a, en effet, des éléments rationnels pour faire confiance : l’existence d’un contrat sur lequel le banquier s’engage à gérer et à rembourser les sommes qui lui sont prêtées.
La confiance repose sur un intérêt réciproque : le banquier fera fructifier votre argent.
La confiance repose sur des normes, des lois, des règles qui l’encadrent.
Il est donc rationnel de faire confiance.
Mais il y a également un abandon de la raison et une prise de risque : le client abandonne la gestion de son argent à un tiers.
Il est habituel d’abandonner ; c’est le cas, par exemple, dans une voiture où le conducteur et le passager ont un intérêt commun.
Lorsqu’il y a perte de confiance, on rentre dans un système de risque, de crise.
Ecart entre puissance et sagesse
En 1970, Georges Friedmann, sociologue français, dans son livre ‘’La Puissance et la Sagesse’’, soulignait déjà les menaces qui pèsent sur les sociétés modernes.
La puissance du capitalisme et de la technologie apportent des progrès mais menacent également l’homme.
L’homme perd la maîtrise de la production et le contrôle de la richesse.
L’homme dispose désormais d’une puissance considérable mais sa sagesse n’a pas cru de la même façon.
Les hommes sont beaucoup plus puissants mais pas beaucoup plus sages.
L’économie et la finance sont plus puissantes qu’il y a deux siècles.
La finance permet de financer des projets de l’entrepreneur : c’est le cœur de la mission et la raison d’être des banques.
Mais à côté de la sphère économique, la sphère financière a pris une autonomie considérable : sa propre autonomie a menacé l’ensemble du système et son équilibre.
L’origine de la crise actuelle vient du fait que la puissance financière accumulée n’a pas été maîtrisée par la sagesse humaine.
L’homme, quand il a une telle puissance en mains, ne l’utilise pas pour le bien.
Les responsables de la crise
Alan Greenspan
Alan Greenspan, Président de la Réserve fédérale US (FED) jusqu’en 2006, a une responsabilité personnelle dans la crise.
Il a une intelligence phénoménale. Il a 76 ans.
Lors de la dernière réunion annuelle de tous les banquiers (qui se tient alternativement aux USA et à Istanbul), il déclare :
« J’ai sous-estimé la puissance de la cupidité humaine. »
Il n’avait pas vu que la principale motivation de l’homme est la cupidité.
Dés 2000, il stigmatise « l’exubérance irrationnelle des marchés financiers », mais il ne prend pas la décision qu’il aurait du prendre : augmenter les taux d’intérêts pour calmer le jeu.
Nous sommes face à une illusion idéologique - il croyait à l’autorégulation – et à une erreur profonde d’analyse.
Il est difficile pour un banquier de limiter son profit. Il lui faut, pour cela, une grandeur d’âme et ce n’est pas sa première qualité. Personne ne lui demande de s’autolimiter !
On ne peut demander aux hommes de s’autodiscipliner, de renoncer à l’argent et au plaisir.
La sagesse n’a pas cherché à encadrer la puissance.
Les USA ont une responsabilité majeure dans la crise : leurs valeurs, leurs principes, leurs banques ont failli.
Les banques, les régulateurs n’ont pas fait leur job.
Nota :
Alan Greenspan avait deux phrases fétiches :
« Ce que je ne dis pas est plus important que ce que je dis. »
« Si vous m’avez compris, c’est que j’ai du mal m’exprimer. »
Les problèmes d’organisation
. Les systèmes comptables
Les systèmes comptables ont une influence sur notre vie quotidienne.
Ces systèmes ont aggravé la crise.
La France a essayé de mobiliser les autres pays contre ces systèmes : elle a été la seule à les contester.
. Les systèmes de rémunération dans la sphère financière
L’objectif était de maximiser le profit immédiat.
Des jeunes financiers ont gagné 10 millions de $/ an entre 2004 et 2008.
Cela a entrainé des comportements absolument déviants.
C’est l’organisation du système qui posait un problème.
Le système poussait à maximiser des comportements qui n’étaient plus au service de l’économie.
Ils menaçaient le système.
. Régulation
Les dirigeants bancaires ne comprenaient plus les produits qu’ils vendaient : ils étaient très complexes, trop complexes.
Mais cela gagnait tellement d’argent et les clients étaient contents !
La finance (banques, assurances et organismes financiers) représentait plus de 30% de la production américaine.
La finance gagnait une part trop importante de l’économie.
On a assisté également à un emballement du crédit : l’endettement permettait d’accroître la profitabilité de l’ensemble.
Les régulateurs ne comprenaient plus les risques des produits.
La logique de Panurge prévalait : tout le monde profitait du système.
On a assisté à un déficit d’intelligence collective et individuelle, à un aveuglement, car il était trop profitable de ne pas voir.
Il faut donc restaurer la confiance par la régulation : la régulation, c’est la sagesse en action.
. Le 15 septembre 2008
Le gouvernement américain décide, par idéologie, de laisser tomber Lehman Brothers ; cette banque est mise en faillite : ce n’était pas une sage décision.
Mais devant l’ampleur des conséquences, il décide des mesures de confiance pour sauver le premier assureur mondial, AIG.
Si AIG faisait faillite, tout le système tombait (banques US, AXA, Goldman Saxs pour 11Mds de $...)
. Un sursaut de sagesse
Deux grandes décisions sont prises par les différents gouvernements, motivées essentiellement par la peur :
. le financement des grandes banques
. les banques centrales investissent largement
Les Etats organisent le sauvetage des grandes banques et sociétés d’assurances. On assiste même à des nationalisations en GB.
Restaurer la confiance dans le moyen terme
. Responsabilité et exemplarité
Il faut reconnaître que des erreurs ont été commises.
Or, ce n’est pas le cas, aux USA.
Le PDG de Merrill Lynch, Stanley O'Neal, a démissionné à la suite des nombreuses critiques concernant sa gestion de la crise. La banque accusait des pertes de plus de 2,24 milliards de $. Elle a été rachetée par Bank of America.
Il lui a été versé 142 millions de $. Son salaire était de 30 à 40 millions de $/an.
Les PDG de toutes les banques américaines sont partis avec de telles sommes.
Ces pratiques n’ont pas eu lieu en Europe.
Il faut attendre beaucoup de la réforme du système par le G20. Cela doit se traduire par de vrais changements.
. Régulation financière
Il faut organiser un étalement sur le long terme des profits.
Pendant ces dernières années, on a rapatrié sur un an le profit prévu sur 10 ans. Les opérateurs financiers étaient payés sur cette base. Après 4 ans de ce système, ils arrêtaient de travailler à 35/40 ans. Ce système inspirait les jeunes : ils partaient, fortune faite (100 à 300 millions de $).
Le modèle humain qui était présenté était divergent avec l’intérêt véritable du système.
Le système était devenu totalement délirant.
Il faut appliquer les propositions de la France : les bonus ne doivent pas être payés cash la première année, ils doivent comporter trois parties –une immédiate et deux différées-, il faut instituer le bonus/malus.
. Gouvernance mondiale
La globalisation a permis de produire énormément de richesses, y compris dans le tiers monde.
On a assisté à la constitution d’une classe moyenne en Chine, au Brésil et en Inde et à l’amélioration des conditions de vie d’une partie de ces populations.
Suite à la globalisation de l’économie, il faut globaliser la gouvernance.
Le G20 est une première étape, si de vrais engagements sont pris et réalisés.
Conclusion
La Finance doit, alors qu’elle a divergé de sa mission, se remettre au service de l’économie et de la société.
Elle ne le fera pas spontanément.
Il ne faut pas créer de la bureaucratie supplémentaire mais de l’autonomie contrôlée.
Pourquoi tant d’argent, si des millions d’hommes continuent à mourir de faim ?
Des règles doivent redonner du sens à la finance.
. Exemplarité des dirigeants
On a été dans l’indécence la plus totale : on a payé les « loosers ».
. Exemplarité des structures
. Exemplarité des salariés
. Importance du rôle de l’éducation : pas de système formant à la responsabilité.
. Importance des contrepouvoirs externes.
Nota 1
Il faut réfléchir au risque que nous avons couru, au 3ème trimestre 2008.
Si AIG avait fait faillite, de grandes entreprises auraient fait de même, des millions de gens auraient été dans les rues, les banques auraient fermé leurs portes…
En 1929, cela avait été partiellement à l’origine de la seconde guerre mondiale.
Nota 2
La commission Stiglitz, mise en place par Nicolas Sarkozy, a proposé de remplacer le seul PIB par un nouvel indicateur, l’IDH (Indicateur de Développement Humain) constitué de trois indicateurs : le PIB, l’espérance de vie et le taux d’alphabétisation.
Nota 3
Aucune nationalisation n’a eu lieu en France (Natexis a été placé sous contrôle).
Le système français a été moins cupide.
Nota 4
Le problème qui se présente maintenant est l’endettement des Etats. Le niveau de la dette devient insupportable.
Feront-ils faillite ? Non, ils laisseront filer l’inflation.
En France, il est de 8%, alors que le critère de Maastricht est de 3%.
Avec la dette, on ne finance pas des ponts ou des universités mais des boîtes de médicaments !
Les élections de 2012 se feront sur l’impôt.
Nota 5
Aucun économiste n’a vu venir la crise. Il en est de même des journalistes ; ils privilégient l’événement à l’analyse.