L'ESSENTIEL AU COEUR DE L'IMPORTANT "Le sens éthique est l'ultime intelligibilité de l'humain." (Emmanuel LEVINAS) Vous trouverez sur ce site plus de 2000 textes de réflexion sur le Management des Ressources Humaines et l'Ethique. Comment concilier
ISOLEMENT
L'isolement gagne du terrain et les acteurs du développement social s'inquiètent de l'extension de fragilités relationnelles au côté d'une précarité économique depuis longtemps identifiée.
La canicule de 2003 en avait révélé la substance, faisant une hécatombe chez les personnes âgées des villes de grande solitude.
L'étendue du nombre d'enfants en danger aussi qui, d'après l'Observatoire national de l'action sociale décentralisée (ODAS), résulterait principalement de l'isolement social des familles.
On vit de plus en plus seul, c'est vrai.
La population compte aujourd'hui 14,5 % d'âmes solitaires, selon l'Insee. Elles étaient 6,1 % en 1962. Elles monteraient à 17 % en 2030, selon des estimations.
On sait aussi qu'on vit plus vieux.
Les femmes, surtout, qui vieillissent seules du fait de leur plus grande longévité, quand les hommes vieillissent encore à deux.
Et puis l'on se sépare et l'on divorce, ce qui alimente le flux des familles monoparentales socialement et économiquement fragilisées.
On croit moins en des lendemains qui chantent - ce qui pousse moins à se tenir les coudes.
On vit moins "au village", moins en campagne, où se sont effacées d'anciennes solidarités.
Et puis, peut-être surtout, on a de plus en plus peur.
Or l'absence de confiance en l'avenir conduit au repli sur soi, à l'isolement.
C'est ce que nous rappelle le philosophe et psychanalyste Miguel Benasayag, dans un dossier de la revue du Secours populaire Convergence consacré en mars aux "solitudes modernes".
"Le lien social ne disparaît pas totalement, constate l'auteur de La Fragilité (La Découverte), mais il continue d'exister seulement dans ses dimensions utilitariste, sécuritaire ou de profit."
La famille resterait le dernier rempart.
Encore que. Robert Castel, sociologue, notait au début des années 1990 que la transformation de la structure familiale va "dans le sens de son appauvrissement en tant que vecteur fondamental d'insertion relationnelle".
Tous les indices vont dans le sens du rétrécissement des réseaux familiaux : un seul enfant par famille, dispersion familiale dans l'espace, fin de la grande famille avec ce qu'elle impliquait de larges réseaux de sociabilité, d'aide économique.
Cette distanciation des liens familiaux marque aujourd'hui les seniors.
En 2006, une enquête du Secours catholique auprès de 5 000 "aînés" avait montré comment le manque de liens véritablement intimes et l'absence de relations émotionnelles étroites agissaient comme mécanisme de base du sentiment de solitude.
Qu'importe la quantité des contacts possibles, la masse des aides mobilisables dans le voisinage ou le réseau amical, rien ne saurait remplacer la profondeur et la chaleur d'une relation intime.
On peut avancer une raison probable à cela, qu'exacerbe l'individualisme des sociétés occidentales : le besoin de reconnaissance.
Etre reconnu comme quelqu'un ayant un statut, une valeur, une identité. Que seule l'intensité d'une relation chargée d'émotions paraît encore pouvoir attester.
La reconnaissance : le mot à la mode dans nos équipes.