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NOTRE JEUNESSE

NOTRE JEUNESSE


Qui sont-ils ces jeunes qui vont entrer dans nos entreprises ?




Ils ont entre 18 et 30 ans. Ils sont 10 millions. Un sixième de la population. Un quart de l'électorat.


Quel genre de citoyens sont-ils ?

Quelle idée se font-ils du monde du travail ? Quels rapports entretiennent-ils avec leurs aînés, eux qui poussent les baby-boomers vers la sortie ?

Un noir pessimisme les habite.

Le sentiment d'être une génération mal partie.

C'est ce que disent les docteurs Tant-pis qui se sont penchés à leur chevet, courbes, références et statistiques à l'appui.

Lisez leurs diagnostics. Ils sont démoralisants : "Comment nous avons ruiné nos enfants" (Patrick Artus et Marie-Paule Virard, La Découverte) ; "La France prépare mal l'avenir de sa jeunesse" (Académie des sciences morales et politiques, Seuil) ; "Nos enfants nous haïront "(Denis Jeambar et Jacqueline Rémy, Seuil) ; "Génération 69. Les trentenaires ne vous disent pas merci" (Laurent Guimier et Nicolas Charbonneau, Michalon)...

Cette floraison d'ouvrages, qui mêle remords et défaitisme, accrédite l'idée que les 18-30 ans sont une génération sacrifiée.

Et qu'ils doivent leur infortune à l'égoïsme de leurs aînés.

Cet égoïsme confine à l'insouciance.

Depuis une dizaine d'années, la génération qui tient les leviers de commande a dépensé sans compter les deniers de la France.

Elle a accumulé une dette publique (64,6 % du PIB) dont les intérêts sont astronomiques : 50 milliards d'euros annuels.

 Cinq fois le budget de l'enseignement supérieur.

Cette comparaison avec le budget "étudiants" est accusatrice.

Elle signifie que les aînés préfèrent vivre à crédit plutôt que d'investir dans la formation des plus jeunes.

Ardoise de la dette, déficit des comptes sociaux. Les baby-loosers devront aussi financer les retraites des baby-boomers.

De 4 retraités pour 10 actifs aujourd'hui, la population française passera à 7 inactifs pour 10 cotisants en 2040.

Tout le monde le sait.

Mais les décideurs - gouvernants, parlementaires, patronat, syndicats - ont une fâcheuse tendance à se voiler la face.

Ils ont beau juger la situation alarmante, ils ont objectivement intérêt au statu quo, eux qui sont proches de la retraite et n'ont aucune envie de cotiser plus longtemps pour un revenu moindre.

Cet égoïsme alimente un discrédit qui n'épargne ni les politiques, ni le monde du travail, ni les médias.

C'est ce qu'a constaté la Fondation de France, qui a récemment sondé les reins et les coeurs des 15-35 ans.

A la question : "Faites-vous confiance aux politiques pour que la société évolue dans un sens que vous souhaitez ?", 42 % ont répondu "peu" et 42 % "pas du tout". Ils ne sont que 3 % à avoir dit "tout à fait".

Cette étude montre à quel point cette génération se sent déclassée.

Interrogés sur leurs conditions de vie futures, 48 % de 15-35 ans répondent qu'elles seront moins bonnes que celles de leurs parents, 27 % seulement estimant qu'elles seront meilleures.

L'ascenseur social est en panne, ils le constatent tous les jours.

Théorisée par une poignée de chercheurs (Louis Chauvel, François Dubet...) auxquels les médias font sans cesse référence, cette vulgate ajoute à la déprime des intéressés.

Certes, le niveau d'études des 18-30 ans s'est sensiblement élevé ces dernières années, mais cela ne leur garantit pas toujours un emploi qualifié. Dans le privé, un tiers des "bac + 4" deviennent employés tandis que dans la fonction publique deux tiers des recrutés occupent des postes pour lesquels ils sont surqualifiés. Intellos précaires, postiers titulaires d'une licence, vendeurs diplômés d'un troisième cycle...

Combien de ces déclassés se sentent dupés, humiliés, dévalués ?

L'INDIFFÉRENCE DES AÎNÉS

Sans la solidarité des parents, qui joue un rôle d'amortisseur social, il y a longtemps que le système aurait volé en éclats.

Heureusement nombre de "Tanguy" sont encore aidés par papa-maman.

Ce pacte implicite entre générations, qui régit l'entrée des jeunes dans la vie active, ne vaut évidemment que pour les plus chanceux.

Gare à ceux qui ne peuvent pas compter sur leurs parents et qui sont sans diplômes. Inutile pour eux d'allonger la file d'attente. Ils feront du surplace.

Cette fracture générationnelle explique les poussées de fièvre qui ont émaillé ces dernières années : la crise des banlieues, le rejet du contrat première embauche, le "non" à la Constitution européenne et l'émergence d'un mouvement de stagiaires en colère, Génération précaire.

Un même fil rouge relie ces événements malgré leur hétérogénéité : leur apolitisme relatif au-delà du clivage traditionnel droite/gauche.

Moins idéologiques que générationnels, ces coups de sang dessinent les contours d'une nouvelle lutte de classes qui oppose à intervalles réguliers les jeunes à leurs aînés.

Ainsi pour le contrat première embauche (CPE).

Tous ses opposants n'étaient pas des déclassés, loin de là.

Mais cette mesure positive pour l’emploi avait cependant une forte valeur symbolique. Réservée aux moins de 26 ans et assortie de deux ans d'essai, elle officialisait une précarité que cette génération vit comme une injustice.

Cette solidarité générationnelle peut aller très loin.

L'étude de la Fondation de France montre ainsi que les 15-35 ans ont tendance à légitimer les émeutes dans les banlieues.

Qu'y a-t-il de commun pourtant entre une "caillera" d'Argenteuil et un lycéen rive gauche défilant contre le CPE ?

Ceci : cette génération partage la conviction que son avenir n'est pas rose.

Qu'il est plombé par l'indifférence de ses aînés.

Que son sort dépend de décisions prises en dehors d'elle par des élites "bruxellisées".

Qu'elle n'a guère d'influence sur les événements.

Sinon la possibilité de dire "non".

Cette distance avec la politique, avec la démocratie est l'héritage le moins reluisant des années écoulées.

Ce sont ces jeunes qui vont entrer dans nos Entreprises.

Paradoxalement, ils attendent beaucoup de nous.

Sachons les accueillir et ne pas les décevoir.

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