RECHERCHE DE LA VÉRITÉ
Dans les quatre derniers siècles, nous avons construit un ordre rationnel, voué à l’expérimentation et à la vérification.
Nous nous sommes organisés pour être libres, le plus libres possible.
Aucune tradition, aucune proposition, aucune expérience héritée ne saurait limiter notre pouvoir de recomposer le monde humain à notre guise, de donner des noms nouveaux aux choses anciennes, ou des noms anciens aux choses nouvelles, et par exemple d’appeler mariage tout ce qu’il nous plaira d’appeler ainsi.
Nous avons construit ce que Jean-Jacques Rousseau appelait d’" énormes machines de bonheur et de plaisir " où nous soyons sûrs de ne rencontrer que notre propre volonté.
Cet ordre libéral et démocratique est abondant en bienfaits de toute sorte, et il mérite pour cela d’être aimé et défendu.
Il n’a au fond qu’un seul défaut. Il tend à être indifférent à la vérité. Non par accident, ou par une faiblesse inséparable de tout ordre humain, mais par sa loi de construction même.
Il abandonne à la science le soin de rejoindre la vérité dans un avenir indéfini – y compris de trouver la cause véritable de la spiritualité dans telle localisation cérébrale –, et pour le reste, il se satisfait d’appeler "valeurs" ses préjugés les moins examinés.
Qui s’inquiète de la vérité lui paraît inquiétant. Qui se soucie d’elle lui paraît intolérant.
Mais si l’espèce humaine ne s’inquiète pas de la vérité, si elle ne s’en soucie pas, elle perd sa dignité, et c’est alors abus de langage que de lui reconnaître des droits.
Quels droits pour une espèce errante qui ne se soucierait pas de chercher sa destination ?
Voir également :
Il n’est pas de vérité recevable sans recherche, sans une part de doute, sans questionnement. La seule vérité acceptable se présente en forme d’interrogation. Elle est quête plus que possession. Elle garde en…