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DÉPÈCHE TOI !

DÉPÈCHE TOI

 







Quelle est la phrase la plus entendue par les enfants d’aujourd’hui ?

 

« Dépêche-toi ! » remporte certainement la palme, détrônant ainsi le traditionnel « sois sage ! ».

 

On leur demande de se dépêcher chaque jour, dès le petit-déjeuner, mais aussi de manière plus implicite tout au long de leur croissance.

 

Dans cette société de performance, moins on perd de temps, mieux on est perçu et assuré d’avoir un avenir.

 

Conséquence de cette course contre la montre ?

 

Les parents, subissant eux-mêmes le terrorisme de l’efficacité, font entrer leur enfant dans la course à l’excellence et à la performance dès son plus jeune âge. Ils souhaitent qu’il soit en avance dans tous les domaines : propreté, lecture, scolarité, et même l’alimentation.

 

Un enfant dégourdi, autonome, pas seulement éveillé pour son âge, mais « en avance » !

 

Serait-ce le portrait-robot du nouvel enfant parfait ?

 

A force de placer la barre trop haute, on risque d’entamer le capital d’estime et de confiance en soi de son enfant, des éléments essentiels pour son épanouissement futur.

 

L’estime de soi se construit durant l’enfance grâce au regard bienveillant que les parents portent sur lui.

 

Elle est déterminante pour aborder au mieux l’adolescence.

 

Il sera ainsi moins tributaire du regard que les autres portent sur lui.

 

On attend des enfants qu’ils grandissent le plus vite possible, que déjà dans le ventre maternel ils collaborent à l’échographie pour révéler au plus tôt leur sexe à leurs parents.

 

On voudrait qu’à peine sortis des maternités ils dorment des nuits entières, qu’ils se calquent sans tarder sur le rythme social de leurs parents et qu’à 8 ans ils se comportent comme des ados.

 

Dès le CP, les angoisses redoublent : ne va-t-il pas rater son entrée au collège s’il ne sait pas lire à la Toussaint ?

 

On en vient à refuser la chronologie des âges !

 

Il y a une vingtaine d’années, les enfants étaient habillés comme des enfants.

 

Aujourd’hui, ils possèdent la panoplie de l’adulte.

 

Très tôt, ils ont souvent des emplois du temps de ministre, comme leurs parents, avec, dès l’âge de la crèche, des ateliers d’éveil au dessin, au sport, à la musique…

 

Nous « remplissons » leur emploi du temps en leur transmettant à la fois ce que nous avons connu et ce dont nous avons manqué.

 

On a envie qu’ils soient équipés pour tout !

 

Que cache cette frénésie ?

 

 

Nous sommes très inquiets pour l’avenir.

 

Nous traversons une époque marquée par le règne des profits et des cadences.

 

Grâce aux satellites et à Internet, nous vivons aussi dans l’heure de l’immédiateté.

 

Nous avons de plus en plus de mal à différer la satisfaction d’un besoin.

 

Nous voulons tout, tout de suite.

 

Tout cela ne laisse guère de temps pour la réflexion et est peu propice au rythme contemplatif.

 

Enfin, cette hâte cache aussi une grande angoisse : celle de la mort.

 

« Faire le mort », c’est s’arrêter ; un « temps mort », c’est un moment sans rien faire.

 

Bouger, cela nous rassure.

 

N’est-ce pas naturel d’avoir envie d’encourager nos enfants à grandir et de les pousser à progresser ?

 

Si, bien sûr.

 

Mais aujourd’hui on ne prend plus le temps de s’émerveiller à chaque progrès.

 

Dès que son enfant sait rester assis, on espère le moment où il tiendra debout, puis qu’il marche, qu’il soit propre…

 

On attend toujours l’étape suivante.

 

La première fois qu’il s’habille seul, par exemple, on s’extasie, mais lorsqu’il recommence le lendemain, on trouve ça très normal.

 

Ce n’est jamais assez !

 

Or, il est important de continuer à féliciter et à encourager son enfant : les spécialistes de l’apprentissage appellent cela le renforcement positif, fondamental pour sa confiance en lui et pour consolider ses acquisitions.

 

Cela s’explique donc par tout un contexte social et pas seulement parce qu’on les a poussés à grandir.

 

Cette course contre la montre a-t-elle des effets néfastes ?

 

On peut imaginer qu’un enfant ayant grandi auprès de parents toujours pressés se positionnera, devenu adulte, par rapport à ce vécu.

 

Soit il adoptera un style de vie similaire où le temps sera un « ennemi » à soumettre à tout prix, soit il prendra le contre-pied et verra dans les horaires et les emplois du temps des contraintes à ignorer délibérément.

 

Un enfant, plus que quiconque, a droit à la lenteur.

 

Parce que tout ce qu’il a à apprendre en quelques années nécessite du temps et du calme.

 

Les « fais vite » exaspérés de son entourage, en l’inhibant, risquent même d’être contre-productifs.

 

L’enfance, c’est avant tout le temps de l’insouciance.

 

Voler ça à un petit, c’est lui dérober une partie de son enfance.

 

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