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EXPLOSION DES ANTIDEPRESSEURS

EXPLOSION DES ANTIDEPRESSEURS






L'explosion de la consommation de la "pilule du bonheur", depuis quinze ans, cache une sérieuse dérive. Prozac, Zoloft, Deroxat.... : ces traitements constituent la réponse quasi systématique au mal-être social.


En France, la consommation d'antidépresseurs atteint des sommets. les petites gélules constituent désormais la réponse quasi systématique à toutes les expressions du mal-être social.

Les chiffres sont impressionnants : selon une étude publiée par le ministère de la santé, les ventes d'antidépresseurs ont été multipliées par 6,7 en 20 ans en France, alors que les ventes globales de médicaments étaient multipliées par 2,7 pendant la même période.

Quarante millions de boîtes sont vendues par an, soit un coût d'environ 600 millions d'euros pour l'assurance - maladie.

D'après une étude de la CNAM, 9,7 % des assurés sociaux, en majorité des femmes, ont obtenu le remboursement d'un antidépresseur, soit près d'une personne sur dix.

"Les généralistes voient passer beaucoup de gens en souffrance psychosociale. Ces patients sont déprimés, très tristes, et ils veulent sortir de cette situation. Ils ont besoin de distanciation, de recul, et affirment aller mieux après avoir pris ce médicament, qui les remet sur les rails", décrit le docteur Baumann, pour qui les antidépresseurs sont "une forme de starter, qu'il faut ensuite associer à une psychothérapie".

Il n'est toutefois pas rare que l'effet miracle des gélules n'ait pas lieu. Dans son cabinet parisien, le docteur Sophie Bialek est consultée par une majorité de personnes sous antidépresseurs et pour qui "le médicament n'a pas résolu la question du malaise".

Aujourd'hui, face à l'ampleur de la consommation, la question du rapport bénéfice-risque des antidépresseurs et de leur coût pour la collectivité pourrait être posée. Et s'"il ne faudrait pas que la mauvaise utilisation transforme la molécule en mauvais médicament", selon l'expression du docteur Alain Gérard, les psychiatres plaident dorénavant pour " une rationalisation de la prescription, dans la même logique que pour les antibiotiques", explique le docteur Lejoyeux.

Reste qu'une frange importante de la population n'est pas près de renoncer aux bénéfices de ces molécules, aux propriétés stimulantes : "Les antidépresseurs ont aussi une action psychocomportementale vécue agréablement par des gens bien portants", écrivait, dès 1996, le professeur Edouard Zarifian dans son ouvrage Le Prix du bien-être (Odile Jacob).

"Le présumé malade est en fait un malheureux, le médicament une substance procurant du bien-être, et le médecin le recours le plus facile et le moins onéreux pour un malheureux qui veut rester performant."
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