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RÉFLEXIONS SUR LA TÉLÉVISION

RÉFLEXIONS SUR LA TÉLÉVISION






Le temps passé devant la télévision laisse songeur (quatre heures en moyenne par jour).

Ce spectacle permanent d’images forme maintenant la pensée.

Les termes de « grille » et de « chaînes » en disent long sur la relation entre le téléspectateur et son petit écran.


La télévision est devenue l’opium du peuple et les magazines people une presse triomphante.

L’impudeur moderne consiste à dévoiler la part intime des personnes, transformant l’individu en spectacle.


La télévision est la nouvelle religion païenne.

Aujourd’hui, les familles se rassemblent pour le journal télévisé de 20 heures, la « grande messe » de l’information, avec un « grand prêtre », le présentateur, pour la célébrer. Et ce journal se déroule selon un rite bien défini, le fil conducteur, qui est l’équivalent de la « liturgie ».

La télévision a ses « saints », les stars à qui le public s’adresse pour intercéder en faveur de telle ou telle cause.

Et quand des animateurs ou grandes figures des médias sont renvoyés ou jetés du jour au lendemain comme un Kleenex, on parle d’ « excommunication » !

Dans le texte de Karl Marx sur la religion, remplacez le mot « religion » par celui de « télévision » et vous verrez que le texte ne perd rien de sa cohérence et se termine par « la télévision est l’opium du peuple ».

Il faut admettre que, désormais, ce n’est plus la religion qui structure la société, lui donne sa cohésion, mais la télévision.

La « télévision–religion » devient aussi le lieu des confessions intimes.

C’est l’escalade du « toujours plus ». Toujours plus d’images et de confidences dévoilant la vie intime des personnes ! Toujours plus d’images de violences, de guerres ! Il fut un temps où les responsables des chaînes veillaient à ce que les émissions susceptibles de choquer soient diffusées à des heures où les enfants ne sont plus à la table familiale.

Aujourd’hui plus aucune retenue n’est observée.

Sur fond de concurrence, c’est à qui ira le plus loin, à qui sera le premier.

Les chaînes se donnent comme alibi que les spectateurs ont un petit penchant pour le voyeurisme et en demandent toujours plus. La preuve,  les magazines people sont la seule presse dont le tirage augmente : 18 millions de lecteurs en 2005.

Un public voyeur et exhibitionniste.

Ceux qui, d’eux-mêmes, viennent exposer à la télévision leurs situations ou difficultés de vie se livrent à un dégradant strip-tease.

Leur attitude en dit long sur l’état de notre société.

Ce qui fait exister, c’est le regard des autres.

Dès lors que ces personnes n’ont pas, ou plus, le sentiment d’être regardées, d’être reconnues, choisies, de compter pour quelqu’un, elles vont tenter de se montrer à la télévision.

Ce qui supplée l’anonymat, le regard humain, c’est donc le regard électronique de la caméra.

Contre le sentiment de non-être, le fait d’être vu à la télé donne une sorte de surcroît d’existence.

Passer à la télé, c’est pénétrer dans le saint des saints, lieu de légitimation suprême, qui équivaut à une consécration.


La part la plus intime de la personne humaine est révélée chaque jour dans un nombre de plus en plus grand d’émissions et de journaux.

On ne compte plus les « confessions publiques » qui mettent les gens en compétition au nom d’une prétendue télé-réalité. Témoins ces émissions comme « L’île de la tentation » ou « On a changé de maman », et bien d’autres.

Ceux qui acceptent de se dévoiler le font sans doute en confiance, avec l’espoir de réaliser un rêve, de recevoir une aide psychologique ou affective. Mais ce qui intéresse les producteurs et les animateurs, c’est que la personne se raconte avec un luxe de détails intimes.

Après, quand on ne sort pas du lot, qui va recoller les morceaux ?

La griserie est de courte durée.

Ceux qui se prêtent à ces jeux du cirque sont les gladiateurs des temps modernes.

Mesure-t-on les conséquences d’un tel dévoilement, les blessures subies ?

Comment, après les feux de la rampe, retourner sans dommage à l’anonymat ?

Sait-on si un accompagnement psychologique est prévu ?

Au nom de la dictature de l’audience, peut-on tout se permettre ?

La part intime de l’individu n’est pas un sujet de divertissement.

Or la télévision, par sa nature même, fait de tout un spectacle.

Oui, il y a une industrie de l’intimité, fondée sur le profit, gangrène de la société quand il en est le critère déterminant.

L’information aussi devient spectacle.

Elle mélange de plus en plus information et divertissement.

Dès lors que l’information est traitée comme un produit, il faut la vendre, l’habiller pour qu’elle soit consommable.

Alors, on repasse en boucle, comme de bons produits, les mêmes images de guerres, de tortures, de violences, « de coup de boule ».

Comment se construit - ou plutôt se détruit - le téléspectateur, soumis chaque jour aux images de violence, aux aspects les plus noirs, les plus pervers de la nature humaine ?

Ne trouve-t-on pas là une des causes de la plus grande fragilité de nos contemporains, lorsqu’ils rencontrent une difficulté dans leur vie personnelle ou professionnelle ?

Après le meurtre d’une jeune fille, une équipe de télévision enregistre les aveux des auteurs présumés du crime et annonce aux parents la découverte du corps de leur fille.

Sans doute y a-t-il des téléphages pour apprécier ce type d’information, mais faut-il s’aligner sur ce qu’attendent les téléspectateurs pour le leur donner ?

On peur faire de l’information, du divertissement et avoir le souci, en même temps, d’élever les centres d’intérêt de ceux qui regardent.

Il y a quand même un droit à l’information et un devoir d’informer.

Evidemment, il faut montrer les guerres, les tortures, les catastrophes.

C’est la réalité du monde, on ne peut ni ne doit la cacher.

Il faut donner à voir pour permettre la prise de conscience, au besoin susciter la révolte, provoquer des réactions devant ce qui est intolérable.

Mais montrer quand ? Comment ? A qui ? C’est la question.

Est-il souhaitable qu’un enfant se trouve brutalement confronté à des images de violence telles qu’elles sont diffusées chaque soir au journal télévisé pour lequel il n’y a pas la signalétique moins de 10 ans, moins 12, moins 16, moins 18 ?

Le droit à l’information est inaliénable, mais faut-il pour autant tout dire, tout montrer, à n’importe quelle heure et à n’importe quel public. Le débat sur les limites au devoir d’informer est difficile : qui va les fixer et comment ?

Le droit à l’information, il ne faut pas y toucher, mais ceux qui portent la responsabilité d’informer s’interrogent.

Il n’y a pas que le scoop comme référence.

Alors quelle alternative ?

Soit on fait appel à la conscience personnelle, en pensant que chacun est en mesure de voir jusqu’où on peut aller.

Soit on se retourne vers le législateur, mais on entend déjà les protestations, justifiées, d’ailleurs : atteinte à la liberté d’expression, censure !

Ce n’était pas mieux autrefois au temps de l’ORTF et d’une information encadrée.

Mais qu’on ne vienne pas nous dire que la télévision aujourd’hui est libre.

Elle s’est libérée de la tutelle politique pour s’emprisonner sous le joug de la tutelle de l’audimat.

Est-elle davantage libre ?
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