L'ESSENTIEL AU COEUR DE L'IMPORTANT "Le sens éthique est l'ultime intelligibilité de l'humain." (Emmanuel LEVINAS) Vous trouverez sur ce site plus de 2000 textes de réflexion sur le Management des Ressources Humaines et l'Ethique. Comment concilier

Publicité

L’INDIVIDUALISME MODERNE

kim08-1.jpgL’INDIVIDUALISME MODERNE

 

 






Dans la société actuelle, quel est l’homme que nous croisons aujourd’hui et que nous sommes nous-mêmes ?

 

Quels sont les aspects marquants de sa mentalité, en quoi est-il différent de l’homme des générations précédentes, de quelles tendances est fait aujourd’hui et demain ?

 

De quoi sont faits des hommes et des femmes en grand nombre, surtout dans les jeunes générations, les moins de cinquante ans, les quadragénaires, trentenaires, jeunes adultes, mais aussi adolescents lycéens et collégiens ?

 

Une de réponses est : notre époque est celle d’hommes post-modernes, ou plutôt hypermodernes, engagés dans des processus radicaux d’individualisme.

 

Dans les années 60, les révoltes de la jeunesse étudiante, et comme point culminant Mai 68 en France, l’ont probablement annoncé malgré leur vocabulaire inspiré de Marx, de Freud et de Nietzsche, c’est-à-dire des gens du XIX° siècle : nous sommes à partir de là insensiblement, quoique bruyamment, entrés dans une nouvelle période, qu’on appelle parfois la post-modernité, ou l’hyper-modernité.

 

Comme toujours, une série d’avancée techniques est venue créer, appuyer, accélérer le mouvement : primat des classes moyennes et accès du très grand nombre à la consommation de masse - télévision, automobile... pour tous, puis moyens de communication de l’informatique jusqu’à Internet ; sexualité de plus en plus séparée de la procréation grâce à de nouveaux moyens contraceptifs, aux découvertes de la génétique ; allongement considérable de la durée de vie ; victoire du libéralisme économique contre l’économie dirigée, puis dans la foulée la mondialisation libérale.

 

Progressivement, une rupture « mentale », dans les têtes, s’est confirmée : et c’est entre autres une rupture avec les « qualités » ou les valeurs du citoyen/de la personne de l’époque antérieure, pour faire place aux aspirations d’individus marqués par ces événements et ces nouveautés. 

 

Il y a de nombreuses façons de dire cette rupture.

 

En France, on parle de l’avènement et du triomphe de l’individu ou de l’individualisme, de l’avènement de la société des individus.

 

Dans les pays anglo-saxons, en Allemagne surtout, on entend parler des « sociétés de la satisfaction immédiate » ; le sociologue américain Christopher Lasch a insisté (dans le Complexe de Narcisse) sur des sociétés où domine le « complexe de Narcisse », le narcissisme.

 

Les signes extérieurs de ce passage s’appellent : volonté de personnalisation de sa vie, d’affirmation de son soi, réussir sa vie en devenant soi, surtout dans la privée et affective, en vivant selon ses propres normes et ses propres choix - des choix permis par la multiplicité des possibilités offertes dans la société de la consommation de masse.

 

Un des effets de cet intérêt pour soi est la crise profonde des engagements collectifs et durables, également la fin des projets de transformation sociale.

 

La vie entière est vécue largement selon un modèle consumériste ; il y a une forte perte ou refus de la mémoire historique, une rupture ouverte ou silencieuse, en tout cas très rapide, avec les symboles et les repères du passé, avec la culture des générations qui nous ont précédés, une sorte de « perte de la mémoire » historique pas seulement chez les jeunes, mais aussi chez les adultes.

 

Les institutions, les lois, la politique sont fortement désenchantés, quand elles ne sont pas ressentis comme « ennemis », « pourries », injustes, comme des cadres contraignants dont on ne voit plus le sens.

 

Quelles sont les causes et les conséquences de cette nouvelle donne, qui constitue une vraie rupture philosophique et anthropologique :

 

 

1.  Le rôle du corps

 

 

 Le primat du corps domine la vie sociale 

 

En réalité, ce n’est pas seulement de « primat du corps » qu’il faut parler, c’est d’une véritable identification de la vie au corps : « L’individu est le corps et le corps est l’individu ».

 

Le soi ou le moi existe à travers ses sensations corporelles, son image corporelle, son apparence corporelle. D’où l’attention extrême à l’apparence, « obsession de l’apparence » et donc aussi une culture de l’apparence, qui évidemment à son tour n’est pas étrangère à notre culture des images.

 

Autre conséquence évidente, dans la même ligne, mais immense par la fonction qu’elle joue : la promotion infinie de la question de la santé.

 

La santé n’a plus de limites. Elle est un droit absolu. Il devient impossible d’accepter la souffrance, la dégradation, la mort même dès lors qu’est établie une superposition entre le corps et l’identité. C’est un souci d’autant plus fort qu’il s’accompagne de l’idée que le corps n’a qu’une vie, et qu’il ne faut pas la rater, ou plutôt qu’il faut la réussir.

 

Le souci du salut individuel dans l’au-delà a été remplacé par une projection de soi dans l’ici-bas, un peu comme si du plan vertical on était passé au plan horizontal.

 

Il n’y a certes rien à redire sur la volonté de réussir sa vie singulière, unique, mais il y a une obsession de la réussite, de la rentabilité du corps pour ainsi dire, qui rend difficile sinon insupportable les échecs, les contradictions, le temps qui passe.

 

Mais, avec un tel primat du corps physique, on ne s’étonne pas que les parties du corps - les organes - deviennent à leur tour l’objet d’enjeux importants.

 

Tant qu’il est question du don d’organes, on parle d’un don ou d’un abandon volontaire de soi ou d’une partie de soi (encore que l’entourage du donneur parle souvent moins du don que du sentiment de survie de l’être cher qui a disparu). Mais le trafic d’organes, donc l’exploitation du corps des autres ou de parties de leur corps, n’est pas loin. Il prend une nouvelle dimension, ou devient une nouvelle tentation. En tout cas c’est quelque chose à quoi on doit s’attendre, et qui trouvera sans peine ses justifications au nom, probablement, de la générosité... marchandisée.

 

 

2. La perception du temps

 

Au temps de l’individualisme, le temps dominant dans les têtes, c’est le présent sans durée, sans épaisseur, le présent sans avant ni après, le présent sans mémoire et sans espérance, la nette propension à ignorer le passé et un grand manque de confiance en l’avenir, la perte du « goût de l’avenir ».

 

On pourrait donner de nombreux exemples des conséquences pratiques de cette primauté du présent : l’amnésie générale de nos sociétés, la versatilité de l’opinion, l’importance des émotions qui emportent toute distance, toute réflexion, tout recul.

 

Cette perte de la mémoire qui fait que pour les nouvelles générations, disons les moins de quarante ans, tout ce qui est dit, tout ce qui est montré, tout ce qui est vécu n’a aucun contexte, aucun point de comparaison, aucun barème de jugement.

 

Du point de vue de ses manifestations, une des marques de ce « présentisme » ou de ce « présentéisme », comme on l’appelle, en est aussi la propension à la fête permanente, au divertissement permanent - c’est-à-dire en somme ce qui permet d’intensifier le temps présent, fût-ce de façon artificielle, et d’oublier qu’il y a d’autres dimensions de la vie - qu’il y a toujours un avant, un après, une dimension collective, en fait tout simplement une vie humaine relationnelle, une vie de paroles, d’échanges, de signes et de symboles.

 

Toute une philosophie moderne (ou plutôt une sagesse des modernes ou des post-modernes) est bien accordée à la mentalité actuelle du « souci de soi » individualiste, qui conjugue la vie au présent.

 

En fait, il s’agit d’une très ancienne tradition philosophique, d’une véritable galaxie, déjà présente en Grèce et dans la philosophie hellénistique (dans le stoïcisme et l’épicurisme), au temps de la Renaissance (Montaigne).

 

Au XIX° siècle, ce sont Schopenhauer, Goethe et aussi Nietzsche qui représentent cette tendance, qui a actuellement le vent en poupe.

 

Les sagesses de l’Asie sont tout à fait dans cette ligne. Il n’est donc pas étonnant que beaucoup de ces philosophes ou de ces sages soient toujours très lus, et que des penseurs qui s’inscrivent dans ce courant, comme André Comte - Sponville et quelques autres, connaissent un grand succès.

 

L’opposition dominante ici n’est pas, comme dans la tradition philosophique, entre le « vrai » et le « faux », entre l’ « illusion » (les préjugés) et la « lucidité » (= les Lumières).

 

On est sur un autre terrain, celui de la sagesse vécue, de la vie consolée, du bonheur expérimenté. Il s’agit ici de la vie la meilleure, de la plus grande « qualité de la vie », de la bonne mesure convenant à chacun pour mener sa vie.

 

On ne discute pas ici de ce qu’il est vrai et juste de penser, mais de ce qu’il faut vivre, ou de ce qu’il faut faire pour être heureux.

 

Il s’agit d’être authentique et sincère, de ne pas se mentir à soi-même ni aux autres.

 

Dès 1964, un théologien allemand très connu Jürgen Moltmann avait décrit la chose dans sa Théologie de l’Espérance :

 

« La protestation contre l’Espérance et contre la transcendance qu’elle imprime à la conscience s’est toujours obstinée à proclamer les droits du présent, à prôner le bonheur - toujours proche, n’est-il pas vrai ? - et la vérité éternelle inscrite en chaque instant. Le ‘présent’ n’est-il pas le seul temps où l’homme soit tout entier là, le seul temps qui lui appartienne totalement et à qui il appartienne totalement ? Le présent n’est-il pas du temps et plus que du temps, au sens de venir et de passer ? » Et de citer Goethe :

 

« Ne veux-tu donc le comprendre ?/ Le bonheur est près de toi./ Cherche donc à le surprendre,/ Le bonheur est toujours là ».

 

Et voici ce qu’a écrit récemment, comme en écho, André Comte Sponville :

 

« Non pas l’amour plus fort que la mort, mais l’amour malgré la mort, et hors de son atteinte tant qu’il dure. Immortel ? Certes pas. Mais éternel, ici et maintenant éternel, oui sans doute, comme tout ce qui advient et passe. Pur présent de la présence : vérité de l’éphémère. C’est la vie éternelle, et c’est la nôtre, et c’est la seule. ‘Tout homme est éternel à sa place’, disait Goethe (...) L’éternité, c’est maintenant. C’est dire aussi qu’il n’y en a pas d’autre, et c’est où l’on retrouve le désespoir ».

 

L’auteur de ces lignes, André Comte-Sponville, fait partie de ces auteurs qui, depuis vingt ans, ont laissé le monde intellectuel de la philosophie universitaire, académique, pour s’occuper de sagesse pratique, de « philosophie comme manière de vivre », de philosophie au quotidien. Sa célébrité lui est venue de son best-seller, le Petit traité des grandes vertus.

 

Dans tous ses livres, André Comte-Sponville réussit avec brio la synthèse de sources d’inspiration multiples, qu’elles viennent de l’Asie, de la Bible juive et chrétienne, de l’Amérique. Mais toujours on aboutit à cet éloge du présent, même si toute espérance est évacuée.

 

André Comte-Sponville fait même une vive critique de l’espérance, qui n’est, selon lui, qu’une illusion. Sa sagesse consiste à prôner un « gai désespoir », la joie de vivre au présent, sans illusions, car la mort est assurée. L’éternité, c’est aujourd’hui. (La Sagesse des modernes)

 

 

3.  La fatigue d’être soi

 

Chacun cherche le bonheur, la joie d’être et de vivre.

 

Chacun souhaite être plus, vivre mieux, être reconnu, être aimé. Ce n’est pas seulement dans la logique de l’individualisme contemporain : les hommes, depuis toujours, ont aspiré à cela.

 

Qu’est-ce qui fait tout de même que notre époque manifeste là aussi une sorte de nouveauté inédite ?

 

C’est que le souci de soi est poussé jusqu’à la rupture avec soi, jusqu’à une sorte de stade de rupture psychologique avec un temps antérieur.

 

En effet, une des conséquences importantes de ce souci de soi, ce sont les troubles de l’identité : être soi, oui, mais qu’est-ce que c’est qu’être soi ? Comment devient-on soi ? A quel prix ? Puisque par définition chacun doit faire son chemin vers soi, personne ne peut vraiment vous dire ce chemin, vous indiquer la route.

 

Dans ce contexte, bien entendu, les marchands de méthodes pour être bien avec soi même, bien dans son corps, ne manquent pas.

 

D’innombrables guides, gourous, psy de tous poils proposent des méthodes pour y arriver, des plus antiques aux plus modernes.

 

Plus subtilement, cela a changé le sens de l’éducation parentale, scolaire, sociale : les enfants, les jeunes doivent aussi « devenir soi », ils ont des virtualités qui doivent s’épanouir. Il ne s’agit pas de dire du dehors ce qu’ils doivent être ou devenir ; on comprend que toute discipline un peu ferme apparaisse comme un autoritarisme insupportable.

 

Mais du côté de l’individu, ces efforts, cette difficulté d’être soi, se paient : la grande maladie psy de notre époque, c’est la dépression, qui est avant tout une maladie de l’identité, une difficulté de l’être soi ou plutôt du non être-soi, du « être mal dans sa peau », du « ne pas être soi » ou « chez soi ».

 

Le sociologue Alain Ehrenberg a parlé de la « fatigue d’être soi », M. Gauchet d’individus « épuisés » par cette quête d’eux-mêmes. Lipovetsky (Les temps hypermodernes, Grasset, 2004) écrit :

 

« D’un côté, plus que jamais, les individus prennent soin de leur corps, sont obsédés d’hygiène et de santé, obéissent aux prescriptions médicales et sanitaires. D’un autre côté prolifèrent les pathologies individuelles, l’anarchie des comportements ».

 

Quand on dit dépression, ce n’est pas  cette maladie qui plonge ceux qui en sont atteints dans la prostration, le mutisme, l’arrêt des relations avec autrui. Il s’agit plutôt de ces personnes, hommes ou femmes, que nous rencontrons tous, qui sont chroniquement tristes, abattus, qui n’ont pas le moral, qui sont incertains, indécis, anxieux, insomniaques, avec des moments d’exaltation, d’enthousiasme, avant de replonger dans leur morosité et leur impuissance, paralysés qu’ils sont par rapport à des décisions à prendre, à des actions à entreprendre, au travail à faire, aux responsabilités à affronter...

 

Pensons à ce sujet à l’importance immense des anti-dépressifs dans nos sociétés.

 

Pourquoi cette rupture qui s’est produit dans les troubles psychologiques ?

 

Aujourd’hui les psychologues sont partout, des premiers moments de la vie à la vieillesse. Une quantité innombrable d’enfants, aujourd’hui, voient un « psy » ; dès qu’un enfant est en difficulté quelconque, même purement scolaire, on va voir un psy ; des « cellules d’aide psychologique » sont mises en place pour toutes sortes d’accidents de la vie, y compris des accidents qui font partie de la vie ordinaire depuis toujours.

 

Qu’est-ce qui s’est passé ?

 

On est passé durant ces 30-40 dernières années à ce nouveau trouble psychologique : la dépression.

 

Dans une société où les structures d’autorité sont affaiblies, domine la figure du déprimé.

 

Avant - avant notre époque de la dépression - de quoi souffrait-on principalement ?

 

De la « névrose ». Le névrosé, c’est quelqu’un qui culpabilise par rapport à la Loi, à l’interdit, ou qui n’arrive pas à trouver la bonne distance avec ça.

 

Quand dominait la loi - la loi du père, la loi de l’instituteur, du gendarme, du curé - dominait donc la figure du névrosé, de celles et ceux qui ne se sentaient pas « à la hauteur », qui n’y arrivaient pas, donc devaient se démettre ou se rebeller ; ou au contraire qui y arrivaient tellement bien à obéir à la loi et à la loi qu’ils en étaient insupportables pour les autres.

 

C’était le temps des personnalités autoritaires et des personnalités soumises.

 

Le déprimé, lui, n’est plus confronté à la loi et aux exigences de la discipline : il est au contraire souvent, aujourd’hui, confronté à l’absence de loi, donc à sa propre responsabilité pour devenir lui-même ; il est confronté à son narcissisme, il a l’impression de ne pas y arriver, mais il n’a personne à accuser sinon lui-même, sa propre impuissance. Tout est possible, mais lui il est ou se sent insuffisant.

 

Si on transpose cette idée sur le plan collectif, sur celui des appartenances par exemple, ce ne sont plus des individus isolés qui cherchent leur identité, mais des groupes, des individus agglutinés ; le règne de l’individualisme, c’est aussi, à peine paradoxalement, le temps des tribus, du communautarisme, des sectes, du fondamentalisme, de l’intolérance, qui s’opposent au flux, à l’incertitude, au relativisme généralisé. Et les groupes ou les tribus expriment parfois avec violence leurs frustrations.

 

La globalisation libérale, c’est en même temps l’universalisation de l’individu, y compris de l’individu virtuel, mais aussi le retour des nationalismes crispés, des identités collectives affirmées avec violence, du retour des traditions communautaires fermées. Les deux sont profondément liés : cf. pour l’islam, O. Roy, L’islam mondialisé, Seuil, 2004, ou Patrick Haenni, L’islam de marché, Seuil, 2005.

 

A la différence, à l’éclatement, correspond, parfois avec violence, l’affirmation de l’identité, de l’égalité, le goût du semblable.

 

Ce n’est pas que le souci d’autrui soit absent, mais l’ « altruisme » n’a pas bonne presse s’il est le fait de quelqu’un qui est mal dans sa peau, qui ne respire pas la joie de vivre.

 

L’altruisme est facilement vécu sur le mode de l’émotion relayée par les médias (de l’émotion pour les victimes de catastrophes), donc aussi sur le mode de la ponctualité, de l’exception. L’altruisme est en partie « organisé ».

 

4.  Qu’est-ce qui reste vrai, qu’est-ce qui reste faux dans cette société ? Est-ce qu’il y a des choses vraies, des choses fausses, du vrai et du faux qui valent universellement et pour tous ?

 

Disons qu’il reste des valeurs : les droits de l’homme, la tolérance, le refus de la souffrance, l’enfance, un altruisme, la dignité.

 

En même temps, quand on regarde de près ces valeurs, on se rend compte qu’elles sont encore retravaillées dans le même sens. Les droits de l’homme, c’est, dans les sociétés où ils existent, le droit d’être différent, et des droits pour les différences, l’égalité pour le différent ; il y a une confusion très fortes entre droits de l’homme et droits nouveaux des individus (par exemple, l’IVG est un droit des individus féminins, ce n’est pas un droit de l’homme).

 

La tolérance, c’est la tolérance de faire ce que je veux et de respecter tout ce que fait autrui ; le refus de la souffrance, c’est le droit de mourir dans la dignité (« Je souhaite qu’on garde une belle image de moi »), de faire ce que je veux avec ma vie ; le respect de l’enfance occulte le désir d’une liberté de relations sexuelles très large, presque sans limites...

 

Il reste aussi des engagements, des solidarités, mais souvent ponctuels, limités à un temps de la vie et limités dans le temps qu’on leur accorde.

 

Il reste du mal et du bien, du beau et du laid, mais il faudrait là aussi voir comment ils sont retravaillés par l’individualisme post-moderne.

 

En fait, ce n’est plus la distinction du vrai et du faux qui commande les choix, les comportements, les actions, mais celle de l’authentique et de l’inauthentique, du sincère et de l’hypocrite.

 

Est admiré celui ou celle qui vit en conformité avec ses convictions, en sincérité avec lui-même, et non pas celle ou celui qui obéit à une loi. Est courageux celui qui a la sincérité de dire ses convictions, même celles qui sont scandaleuses, inédites, insupportables à entendre. Au nom de la sincérité il est possible de tout dire, de tout écrire, même si ce n’est pas nécessairement approuvé.

 

C’est la force de la subjectivité qui fait loi. Ce qui fait loi pour le temps vécu, c’est le présent, le moment présent, l’intensité du moment présent.

 

C’est pourquoi il n’est pas non plus contradictoire de vivre des sincérités successives, des fidélités successives.

 

C’est pourquoi aussi la fête ponctuelle, mais intense, est importante. Ce sont ces moments qui font la valeur de la vie, et non pas les projets inscrits dans une durée, une régularité, une patience des semailles et des récoltes.

 

La vérité est inscrite aujourd’hui sous le régime ou le registre de la relativité, du virtuel presque, des apparences et du fugitif.

 

Les hommes d’aujourd’hui ne sont pas pire ou « moins bien » que ceux d’hier ; qu’il y a de l’ivraie et du bon grain comme toujours, et que nous avons du mal à le discerner.

 

Que le problème, c’est notre manque d’imagination. Il n’y a pas de « nouvel homme » en train de naître, un « autre homme » ou un « surhomme » qui serait différent dans son essence, « ontologiquement » différent.

 

L’homme, le genre « homme » est un, dans l’espace et le temps : le moindre membre d’une tribu primitive, le pire handicapé, le pire criminel  ce sont des « frères humains ».

 

L’ « homme nouveau », c’est une perspective eschatologique. Chaque fois qu’on a voulu à toute force faire des « hommes nouveaux », ce furent des catastrophes majeures, presque des interruptions dans l’histoire de l’humanité.

 

Cette inhumanité de l’homme nouveau qui avance n’est due à personne, elle est « sans sujet » : les sciences concernées le font en tout bonne foi, et à l’insu sans doute des risques réels qu’ils prennent.

 

Les dangers pour l’homme et pour la nature humaine, c’est l’homme qui les crée.

 

Mais le bien qui est créé, c’est encore l’homme qui en est l’origine.

 

Que faire pour construire des personnalités assez libres et critiques pour affronter les défis ?

 

Les défis, c’est normal : les hommes ont toujours vécu avec des défis à relever. Mais il faut être inquiet - devant la faiblesse spirituelle, culturelle, mémoriale, symbolique, des femmes et des hommes qui doivent relever les défis d’aujourd’hui.

 

C’est l’ « âme désarmée » qui inquiète, et non pas le corps tout-puissant.

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
N
Merci pour ces idées.je suis actuellement en préparation de mon mémoire de fin d'étude (architecte paysagiste) et je réfléchis a ce passage d'une société de tradition, d'Homme liées les uns aux autres par des besoins réciproques, à notre société "moderne" (si l'on admet que le modernisme puisse être un apauvrissement des valeurs humaines). Le virtuel, à l'origine outils, est devenu aujourd'hui un espace iréel de satisfaction de besoins nouveaux. La volonté de s'affirmer en tant qu'individus faisant parti intégrante d'un monde où la consommations, la mode et la connaissance de ces nouvelles technologies est le révélateur identitaire de chacun. Cette individualisme a non seulement fait disparaître les valeurs de la vie communautaire mais aussi l'attachement que chaque Homme portait à sa terre, où plutôt, à son terroir. Depuis la seconde guerre mondiale, la mécanisation, le pannel de produits et de services grandissant, ont crée ce passage de l'Être au Paraître.Que pensez vous de l'Homme virtuel, en ce sens qu'un individu aujourd'hui, voit, ésperes, rêves, et s'exprimes virtuellement utilisant tout les moyens aussi nombreux soient-ils que des "meneurs" soit disant bienveillant imposent comme valeurs culturelles modernes, à des personnes déja asservies par une société qu'ils ne comprennent pas, et où ils ne se sentent plus chez eux?
Répondre