L'ESSENTIEL AU COEUR DE L'IMPORTANT "Le sens éthique est l'ultime intelligibilité de l'humain." (Emmanuel LEVINAS) Vous trouverez sur ce site plus de 2000 textes de réflexion sur le Management des Ressources Humaines et l'Ethique. Comment concilier
CULTURE GÉNÉRALE
« La culture générale est d'abord un perfectionnement de soi, un attrait de la personnalité, un élément clef du capital humain.
Elle n'est pas directement utile à l'exercice de la profession, au sens instrumental de l'utilité : il n'est pas utile à la charpenterie ou à la gestion financière d'avoir une connaissance approfondie de la philosophie kantienne, des Opéras de Wagner, ou de la peinture impressionniste.
Cela étant la culture est un élément déterminant de la vie en société, donc du comportement humain dans les relations de travail que l'on pratique au quotidien, avec ses collaborateurs, ses clients, ses fournisseurs, ses actionnaires.
Un individu disposant d'une culture générale sera probablement plus capable de se comporter dans une entreprise confrontée à la société globale, multipolaire, métissée ou " nomade " qu'une personne ne disposant que de la compétence d'adaptation à son métier.
Rappelons quelques caractéristiques de la culture générale, portable, patrimoniale, transmissible et illimitée : la culture générale est "portable" car elle appartient définitivement à l'individu, qui peut l'emporter en quelque sorte avec lui lorsqu'il change d'entreprise.
La culture générale est "patrimoniale" : il faut l'accumuler dans le temps et l'entretenir sans cesse.
La culture générale est "transmissible" : on l'apprend d'autrui, on la transmet à autrui.
La culture générale est illimitée : elle ne cesse de s'élargir.
On pourrait enfin dire que la culture générale ne s'oppose jamais à une culture particulière.
Chacun peut choisir un domaine de prédilection, la poésie moderne, ou la musique baroque, le cinéma noir ou les naines blanches, tout en s'intéressant aux autres dimensions de la vie sociale, artistique, politique, économique, etc.
La culture générale est affaire d'humilité : quel que soit son niveau de culture générale, au terme de sa vie, on restera un grand ignorant...
La culture générale est assimilable à un humanisme éclairé : pour l'acquérir il faut être à l'écoute des autres, accepter le dialogue, s'ouvrir l'esprit.
Pour la partager, il faut faire acte de pédagogie, faire un effort de conviction, de respect mutuel.
C'est ce qui fonde le management humain, et bien souvent structure les relations commerciales durables fondées sur la confiance, qui est la caractéristique fondamentale des marchés.
Adam Smith avait coutume de dire que le marché commençait avec la loyauté.
Le commerce des idées, qui permet la diffusion de la culture générale dans en société donnée, a quelques analogies avec le commerce des biens et des services, qui suppose des échanges permanents, renouvelés, égaux !
Prenons un exemple d'utilité de la culture générale pour un économiste : s'il connaît l'histoire, il sera capable de mieux interpréter les faits contemporains. Je suis frappé de la qualité et de la pertinence des analyses actuelles de la crise et des propositions de solutions, toutes clairement inspirées d'une connaissance et d'une analyse approfondie de la crise de 1929.
J'insisterai aussi sur le fait que la culture générale est d'abord une ouverture à la diversité du monde et que, dans les entreprises multipolaires, plurinationales, globales, elle est indispensable à la conduite et au fonctionnement des organisations.
Apprendre, comprendre, connaître les civilisations chinoise, japonaise, indienne si éloignées de nos schémas référentiels est évidemment facteur d'efficacité dès aujourd'hui et demain plus encore.
Connaître l'histoire des religions est indispensable à qui veut développer des activités financières aujourd'hui dans le monde.
Et lire des romans venant des quatre coins de la planète permet de comprendre le comportement et les attentes de ses clients ou de ses collaborateurs.
J'ajoute enfin que la connaissance des sciences sociales - anthropologie, ethnologie, sociologie, psychologie, philosophie, etc. - est d'une grande utilité pour la compréhension de toute entreprise.
Il y a souvent plus de ressemblances entre les comportements tribaux observés par les anthropologues et les comportements observés dans les entreprises qu'on le prétend ! Le potlatch existe dans les organisations comme dans les tribus indiennes, le don et le contre don également, la recherche du bouc émissaire certainement...
Avoir passé le grand oral de l'ENA ou la leçon d'Agrégation n'est pas indispensable pour mener une belle carrière professionnelle. C'est évident.
Mais de là à réduire la culture à la conversation dans les dîners en ville, c'est aller trop loin.
La culture n'est sûrement pas réductible à son étalage.
Mais elle procure les références littéraires, artistiques, historiques, économiques qui donnent à ceux qui les possèdent la réflexion nécessaire à leur action, l'aptitude à expliquer et justifier cette action, l'enracinement de celle-ci dans une éthique.
Nous apportons à l'entreprise nos savoir-faire techniques mais aussi (et peut-être surtout) notre personnalité et nos valeurs, qui s'enracinent dans notre culture.
Mon passé d'économiste est connu, et je me réfère donc aux grands théoriciens d'Adam Smith à Keynes, de Bastiat à Samuelson, et à beaucoup d'autres.
J'ai trouvé dans l'étude de la philosophie d'importantes références, notamment aux grands philosophes allemands Kant et Hegel, en tant qu'économiste, Fichte et Marx par exemple et bien sûr, Jankélévitch dans le domaine de la morale.
Et j'ai suivi avec passion les cours d'Yvon Belaval, qui avait la chaire de Philosophie générale à la Sorbonne.
Dans ma vie d'universitaire, j'ai eu l'immense plaisir d' être professeur à l'EHESS, où j'ai côtoyé les grands intellectuels des sciences sociales, historiens, démographes, sociologues, anthropologues.. aussi bien français qu'étrangers.”
Denis Kessler : "La culture générale fonde le management humain" Les Échos – 29 avr. 2009