L'ESSENTIEL AU COEUR DE L'IMPORTANT "Le sens éthique est l'ultime intelligibilité de l'humain." (Emmanuel LEVINAS) Vous trouverez sur ce site plus de 2000 textes de réflexion sur le Management des Ressources Humaines et l'Ethique. Comment concilier
CRISE DE LA CONNAISSANCE
On assiste à des transformations radicales de la famille depuis les années 1970.
Elle a cessé d’être une institution avec sa fonction propre dans l’ordre social – amener les enfants à être des hommes sociaux – pour devenir un espace privé.
Sur la base de l’accord libre de ses membres, elle se destine désormais à cultiver l’accomplissement affectif et personnel de chacun, en dehors et à l’abri des contraintes de la société.
Un tel changement rejaillit sur l’école.
D’un côté, on ne cesse de demander toujours plus à l’éducation scolaire.
On disait traditionnellement la famille éduque, l’école instruit.
Or, la famille ne veut plus socialiser et s’en décharge sur l’école.
Et d’un autre côté, elle ne cesse de contester l’institution scolaire en exigeant une prise en charge individualisée de ses enfants.
Notre société est face à un paradoxe : l’accroissement du rôle économique de la connaissance et de la recherche se double d’une disqualification symbolique des savoirs.
La colonne vertébrale de l’humanisme résidait dans la conviction que l’on devient homme grâce à l’incorporation des savoirs.
Il y a une humanisation par la connaissance.
L’individualisme moderne postule à l’inverse que l’on naît individu, humain de plein exercice.
On n’a pas à le devenir.
Les savoirs peuvent être des suppléments utiles mais ne sont plus constitutifs de notre statut.
La représentation classique des savoirs nourrissait l’élan vers la connaissance.
Nous avions le sentiment qu’il s’agissait d’une propriété de l’humanité.
Eh bien non. Ce n’était qu’une configuration culturelle donnée et nous constatons sa disparition.
On assiste au même moment à un changement complet des modes d’accès aux savoirs.
Fondamentalement, la connaissance requérait une dimension très personnelle d’intériorisation.
C’était la « tête bien faite » avec ses figures de sage et de savant.
L’image contemporaine de la connaissance incarnée dans les nouvelles technologies de l’information fait du savoir une donnée extérieure à l’homme, déposée dans des appareillages techniques dont il suffit d’apprendre le maniement.
Le problème n’est plus d’avoir la tête pleine et bien faite mais de posséder les clés de ce savoir.
L’idéal est d’apprendre à apprendre.
Toutes ces évolutions transforment le rapport au savoir et le vide de ce qu’il avait d’émancipateur pour une relation purement utilitariste.
Les connaissances n’ont plus aucune portée métaphysique, elles n’ont qu’un intérêt pratique.
L’école était un sanctuaire, on accédait de manière initiatique à un ordre supérieur qui libérait l’esprit et ouvrait à une compréhension du monde.
On ne peut plus dire aujourd’hui que les savoirs sont investis de cette sacralité – qui n’était bien entendu qu’une métaphore.