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LE MALAISE DE LA JEUNESSE

LE MALAISE DE LA JEUNESSE







Le malaise de la jeunesse comme révélateur d’une crise profonde de notre société.

Notre pays se trouve, une fois encore, secoué par une crise sociale et politique de grande ampleur.

En octobre et novembre derniers, c’étaient les « violences urbaines », expression de la souffrance de jeunes, en grande partie issus de l’immigration, en mal de formation et d’avenir, qui exprimaient leur refus de la discrimination et de la marginalisation.

Aujourd’hui, à travers la contestation du CPE, c’est, de nouveau, la souffrance de la jeunesse qui s’exprime, mais cette fois dans le domaine des études et de l’entrée dans le monde du travail. Nous ne pouvons pas ne pas entendre cette souffrance des jeunes, cette angoisse face à leur avenir. Au-delà du jugement technique que les uns et les autres peuvent porter sur un tel contrat de travail ou sur son efficacité quant à l’emploi des jeunes - il fallait le tester pendant un an par exemple et faire un bilan objectif -, c’est bien sur sa portée symbolique que les critiques se concentrent : la perception, à tort ou à raison, d’une discrimination négative.

Un certain nombre de jeunes savent désormais que, par-delà la difficulté à trouver un travail stable, ils ne pourront pas bénéficier d’un niveau de vie comparable à celui de leurs parents.

C’est un changement radical de notre société.

Cette contestation manifeste aussi fortement la crise du politique et de la représentativité. Les divisions de la classe politique et les postures, qui apparaissent trop souvent comme un jeu d’acteurs en vue des échéances électorales à venir, accentuent son discrédit. Au-delà des prises de position des uns et des autres, comment se trouve pris en compte l’intérêt général ? Seule une telle prise en compte devrait permettre à notre pays de faire les réformes qui s’avéreront inéluctables dans les années qui viennent. C’est tout l’enjeu de la détermination par le plus grand nombre d’un bien commun pour la cohésion de notre société.

Il n’en reste pas moins que le moment de tension que nous vivons exprime une anxiété majeure face à l’avenir, l’angoisse d’une classe d’âge qui traverse toutes les classes sociales.

Cette anxiété est sans doute en partie le fruit d’une forme d’éducation et de l’exacerbation du modèle de la société de consommation, alors que les évolutions technologiques et la mondialisation économique bouleversent les schémas d’activité et fragilisent l’organisation du travail.

Mais ce malaise touche plus profondément les raisons de vivre.

Une espérance qui donne le goût d’exister ne peut se réduire à la seule recherche de sécurité. Affirmer le contraire serait entretenir une illusion.

La question radicale est de savoir à quoi nous accordons le plus de prix, qu’est-ce qui peut permettre une authentique maîtrise de notre vie, le développement des capacités de chacun, qu’est-ce qui peut nous conduire, au-delà de tous les faux-semblants, sur un chemin de bonheur véritable ?

Il est grand temps que notre société se donne les moyens de mettre en œuvre cette réflexion, dans une perspective européenne, ouverte sur toutes nos solidarités internationales.

Cela ne peut se faire sans donner la parole, sans échange, sans écoute, sans dialogue.
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