L'ESSENTIEL AU COEUR DE L'IMPORTANT "Le sens éthique est l'ultime intelligibilité de l'humain." (Emmanuel LEVINAS) Vous trouverez sur ce site plus de 2000 textes de réflexion sur le Management des Ressources Humaines et l'Ethique. Comment concilier
UNE SOCIETE QUI DEVELOPPE L’INDIVIDUALISME
Des lames de fond marquent actuellement notre culture : l’individualisme, la recherche du bonheur personnel, le bouleversement des structures familiales...
Ces mouvements nous arrivent porteurs de questions éthiques redoutables qui mettent en cause le visage élaboré par des siècles de civilisation.
Bien des gens aujourd'hui ne se sentent plus coupables à l'égard d'une norme morale - le goût du travail bien fait, par exemple - mais à l'égard des objectifs qu'ils se sont eux-mêmes fixés.
On est humilié de ne pas être à la hauteur, de ne pas être reconnu.
La reconnaissance, un des plus grands maux de notre société !
Le problème est que l'homme n'est jamais un absolu, il est toujours relatif, contingent.
Le projet mené par l'homme de manière autonome dans le but d'une pure affirmation de soi dans l'instant est voué à un échec d'autant plus grave que l'individu s'y trouve identifié à son projet. L'échec du projet entraîne l'effondrement du sujet. Nous connaissons tous des situations où certains se sont complètement effondrés car leurs projets aboutissaient à des échecs, parce qu'ils s'étaient totalement investis, identifiés à la réussite personnelle et non collective vers laquelle ils courraient.
Nous sommes dans une société très compétitive, plus mobile, plus violente. Faire ce que l’on attend de nous ne suffit plus. Il faut sans cesse prouver qu’on a de la valeur et nous sommes jugés sur notre réussite. Les pressions sociales sont multiples, mais résident dans trois grandes priorités :
La banalisation actuelle de l’incivilité est révélatrice de l’effacement d’un consensus qui disciplinait les énergies et les soumettait au respect des règles unanimement acceptées. C’est la satisfaction des aspirations personnelles qui est aujourd’hui un impératif catégorique. Ce renversement de la hiérarchie des normes remet en question l’appartenance à une collectivité et menace le lien social.
Ce mouvement présente la libération des moeurs comme un progrès et fait de l’affranchissement des contraintes de la morale traditionnelle le test de la modernité.
Au cours des années 1960 (1968 ?), s’est produite une sorte de cassure dans la transmission de l’héritage : tout un patrimoine de souvenirs historiques, de références littéraires, de convictions, d’habitudes de vie, qui passait de génération en génération et qui tissait entre elles une continuité, est soudain devenu comme une langue étrangère ou une langue morte.
La sacralisation de la modernité et, corrélativement, la disqualification qui frappe ipso facto tout ce qui est tradition ; le seul fait de qualifier de traditionnel, par exemple, le mariage suffit à le relativiser et à le rendre obsolète. Sans qu’on songe jamais à s’interroger sur les raisons objectives qui justifieraient la supériorité présumée de l’innovation sur la fidélité aux usages.
Toute une philosophie moderne (ou plutôt une sagesse des modernes ou des post-modernes) est bien accordée à la mentalité actuelle du « souci de soi » individualiste, qui conjugue la vie au présent.
En fait, il s’agit d’une très ancienne tradition philosophique, d’une véritable galaxie, déjà présente en Grèce et dans la philosophie hellénistique (dans le stoïcisme et l’épicurisme), au temps de la Renaissance (Montaigne).
Au XIX° siècle, ce sont Schopenhauer, Goethe et aussi Nietzsche qui représentent cette tendance, qui a actuellement le vent en poupe.
Les sagesses de l’Asie sont tout à fait dans cette ligne. Il n’est donc pas étonnant que beaucoup de ces philosophes ou de ces sages soient toujours très lus, et que des penseurs qui s’inscrivent dans ce courant, comme André Comte - Sponville et quelques autres, connaissent un grand succès.
L’opposition dominante ici n’est pas, comme dans la tradition philosophique, entre le « vrai » et le « faux », entre l’ « illusion » (les préjugés) et la « lucidité » (= les Lumières).
On est sur un autre terrain, celui de la sagesse vécue, de la vie consolée, du bonheur expérimenté.
Il s’agit ici de la vie la meilleure, de la plus grande « qualité de la vie », de la bonne mesure convenant à chacun pour mener sa vie.
On ne discute pas ici de ce qu’il est vrai et juste de penser, mais de ce qu’il faut vivre, ou de ce qu’il faut faire pour être heureux.