L'ESSENTIEL AU COEUR DE L'IMPORTANT "Le sens éthique est l'ultime intelligibilité de l'humain." (Emmanuel LEVINAS) Vous trouverez sur ce site plus de 2000 textes de réflexion sur le Management des Ressources Humaines et l'Ethique. Comment concilier
CONTINGENCE ET FINITUDE DE L’HOMME
La science classique, avec son rêve de prévisibilité parfaite, affirmait sa volonté de construire un système de représentation exhaustif.
Elle était dominée par les notions de permanence et de stabilité, de prévision, de déterminisme et, par là, de maîtrise.
Avec son rêve de prévisibilité parfaite, elle affirmait sa volonté de construire un système de représentation exhaustif.
L’idée de certitude semblait être la seule véritablement digne d’une vraie démarche scientifique.
Or, l’émergence de la physique quantique et de la thermodynamique du non équilibre notamment marqua l’avènement dans le champ du rationnel, des notions d’incertitude, d’incomplétude, d’indécidabilité, notions qui modifient radicalement le statut de la connaissance.
En acceptant de quitter le déterminisme laplacien et l’idée de certitude pour le chaos déterministe et l’imprévisibilité, les scientifiques ont ouvert des possibilités toutes nouvelles au progrès des connaissances.
Ce changement de vision du monde ne peut être sans conséquence, on s’en doute, sur le comportement même du scientifique !
L’Univers n’est pas donné, il est en construction !
Quelque chose échappe, quelque chose qui est de l’ordre de l’origine.
Il apparaît que, tant l’étude du langage (Wittgenstein) que celle de la logique (Gödel), celle de la structure de la matière (Heisenberg) ou celle de l’évolution irréversible (Prigogine) débouche sur le même constat d’incomplétude, le même horizon d’indécidabilité, la même impossibilité à limiter le vrai à la totalité de ce qui peut être dit, formellement démontré ou immédiatement mesuré.
Reconnaître que quelque chose est formalisable, c’est aussi reconnaître que quelque aspect de cette chose échappe nécessairement.
Faire une théorie de la connaissance conduit à reconnaître que quelque chose nous échappe.
Et ceci n’est pas une défaite de la raison, mais une condition de progrès, une condition d’intelligibilité.
Aux notions classiques de causalité linéaire, de réduction, de complétude, de stabilité, font place celles de sensibilité aux conditions initiales, d’irréductibilité, d’incomplétude, d’incertitude, d’instabilité, d’imprédictibilité.
La science contemporaine nous invite à prendre la mesure de la positivité de cette incomplétude qui apparaît comme la condition même de la connaissance.
Elle conduit le scientifique à se poser la question de la place de l’homme dans l’histoire de l’Univers.
Il s’agit d’une belle ouverture à la question de la signification et à la place du sujet dans l’exploration du monde auquel il appartient !
Voilà que le progrès au niveau de la connaissance scientifique se traduit en terme de passage de la certitude à l’incertitude, qui n’est pas sans renvoyer l’homme à sa contingence et à sa finitude.
C’est l’action qui accepte la finitude, la contingence de l’homme, qui ouvre à l’universel.
Il y a toujours quelque chose qui échappe, acceptation d’une altérité fondamentale pour le sujet (altérité liée à une tension vers l’unité), acceptation de la finitude et de la contingence du sujet connaissant et choix de trouver un sens sur fond de non-sens.
Une certaine humilité en résulte, gage d’un progrès de la connaissance qui passe par l’abandon de certitudes définitives pour une incomplétude qui ne nie pas la recherche de la vérité mais qui met en évidence l’incapacité propre de l’homme à l’atteindre par lui-même.