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TROUVER LE CHEMIN

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Depuis une trentaine d’années, nous vivons des changements essentiels - historiques, économiques, psychologiques, anthropologiques...- et extrêmement rapides. Ce basculement est analogue, par son ampleur, à celui qu’ont vécu nos ancêtres à la fin de l’empire romain ou au début de la Renaissance ?

Le philosophe Michel Serres compare même cela à la révolution du néolithique, il y a 12000 ans.


Nous vivons 3 révolutions simultanées :


Une révolution économique
: la mondialisation a fondamentalement modifié le rapport entre la démocratie et l’économie. Cette dernière est devenue « hors contrôle ».


Une révolution informatique
. Elle n’en est encore qu’à ses débuts. C’est l’apparition d’un nouveau continent, avec le cyberespace, la réalité virtuelle, un continent qui est partout et nulle part.


Une révolution génétique
, qui annonce le changement de la structure de la parenté. Si on met ensemble ces trois révolutions, nous nous trouvons dans un immense basculement, porteur de menaces mais aussi de promesses. Il serait vain de prétendre qu’on peut revenir en arrière et de cultiver des idées de restauration ou de nostalgie.


 Le XXè siècle est venu démentir, profaner, ruiner les croyances généreuses qui avaient fondé l’optimisme des Lumières. Les pays de l’Est ont déshonoré l’aspiration à l’égalité entre les hommes. Au nom d’une croyance légitime, on a envoyé des millions de gens au Goulag. Le nazisme, lui, a discrédité le volontarisme historique, l’idée de remodeler la terre. Il a exalté jusqu'à l’hystérie ce qu’il appelait le « triomphe de la volonté ».


Cette longue période historique s’est achevée sur un grand vide. Il ne fallait plus croire.

On a voulu positiver cela : « Enfin libres ! Fini les idéologies et les croyances.

On va pouvoir s’occuper de nous, de la mode, de notre plaisir, de notre jouissance. »

Cette exaltation du vide est une immense stupidité : alors qu’on croyait avoir chassé les croyances par la porte, elles sont revenues par la fenêtre, mais de pire façon.

L’irrationnel a resurgi.

On a vu refleurir autour de nous toutes sortes de superstitions, d’idolâtries assez sottes.

Nos enfants se sont mis à croire aux fantômes.

On a exalté les voyantes extralucides. On a vu revenir les idolâtries païennes.

Les sectes ont remplacé les Eglises.

Le gourou a remplacé l’idéologue...

Il s’agit d’une régression.


Pendant des décennies, la modernité a fait une erreur monumentale en s’imaginant que les religions allaient disparaître, notamment devant les progrès de la science. Or le spirituel n’est pas un archaïsme résiduel.

La spiritualité est une dimension consubstantielle de l’homme.

L’homme est d’abord un animal religieux. C’est même probablement ce qui le distingue de l’animal. Le processus d’hominisation a commencé avec le souci d’enterrer les morts. Il s’agit bien d’un rapport à la mort, à la finitude.

L’homme est le seul animal capable de savoir qu’il a une fin, de penser, de s’interroger sur l’au-delà de sa fin.


Nos sociétés sont de plus en plus inquiètes, et donc de plus en plus répressives.

Les prisons n’ont jamais été aussi pleines.

Dans nos sociétés atomisées, où triomphent l’égoïsme, les corporatismes, les individualismes, tous les gens qui s’interrogent sur la nécessité de refaire la société retombent sur cette idée : l’individu ne peur exister que par l’autre.

Et avec lui.


Pierre Claverie, assassiné à Oran, en 1996, nous demandait d’accepter l’idée que l’autre est peut-être « porteur d’une vérité qui nous manque ». Il ajoutait :
 

« On ne possède pas la vérité et j’ai besoin de la vérité des autres. »



Un enfant de dix ans peut comprendre qu’une société habitée par l’espérance est plus heureuse, aujourd’hui, qu’une société qui désespère.

Nous vivons dans des sociétés qui voudraient renoncer à l’espérance au profit de la jouissance immédiate.

C’est un marché de dupes.

Renoncer à l’espérance, c’est s’enfermer dans l’immédiat, dans le court terme, dans la boulimie, dans l’insatisfaction, dans la jouissance.


Jamais satisfait. Toujours inquiet.


La définition d’un homme, c’est un animal qui chemine et construit sans cesse sa propre humanité.


" L’espérance concerne demain mais se vit aujourd’hui. " (Augustin)
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