L'ESSENTIEL AU COEUR DE L'IMPORTANT "Le sens éthique est l'ultime intelligibilité de l'humain." (Emmanuel LEVINAS) Vous trouverez sur ce site plus de 2000 textes de réflexion sur le Management des Ressources Humaines et l'Ethique. Comment concilier
A QUOI JE SERS ?
"Oui, à quoi je sers ?" criait cette personne âgée, quelques semaines avant de disparaître.
Après une existence fort occupée, riche d’initiatives, courageuse de dévouements et de promesses, cloué par la maladie et parfois la douleur, il avait le sentiment d’être à charge et de ne plus rien apporter tant aux siens qu’à la société, le sentiment d’être inutile et de ne servir à rien, d’être l’objet du soin de soigneurs qui avaient mieux à faire, pensait-il.
Désormais, objet de l’attention des autres, il vivait mal cet état de dépendance et d’assistance, alors qu’il avait rêvé de changer beaucoup de choses en ce monde, d’être utile aux autres.
Il faisait encore des projets quelques jours avant la fin qu’il pressentait.
"Oui, à quoi je sers ?"
C’est la question des jeunes aujourd’hui dans la rue.
Ils ne se voient pas d’avenir et ne peuvent faire de projets.
Rien d’autre que de passer des seuils de précarité, jour après jour, emploi après emploi.
Sans pouvoir ni rêver d’initiatives de longue durée, ni se construire dans une entreprise collective. Ils subissent une ambiance de survie individuelle. Elle leur est imposée par l’économie, la société.
Comme une fatalité incontournable.
Les gens de ma génération ont peine à comprendre, nous qui après le"bac" nous sentions assurés d’exercer pour la vie une profession confortable. Eux voient leurs jeunes aînés réduits au chômage ou contraints d’accepter des "jobs" de passage.
Pour survivre.
La violence est un cri !
Car c’est bien la racine de la question, les uns l’expriment en désespérance, d’autres en drogue, d’autres en violence et en lutte radicale : comment vivre en cette société de l’abondance sans avoir la perspective de construire et de faire des projets ?
Sans avoir quelque assurance de maîtriser son avenir ?
Cela ne justifie ni la violence, ni la drogue, ni le suicide, ni l’individualisme amer et sceptique.
Mais il faut bien reconnaître que notre indifférence à la désespérance des anciens rongés de solitude, à la violence des jeunes sur des autoroutes de la vie sans issue, devrait nous porter à penser que nous marchons sur la tête.
Dans notre vie courante “nous vivons au-dessus de nos moyens” disent nos économistes, ce qui veut dire que nous laisserons une “ardoise” à payer par les générations qui viendront.
Et pas seulement en déficit d’ozone.
Dans la concurrence aveugle de nos activités, nous mettons en péril les relations entre les générations au point de renforcer chez beaucoup le sentiment d’inutilité.
Et d’impuissance, puis d’agressivité lorsque la vie paraît dénuée de sens parce qu’elle ne semble plus avoir d’utilité sociale.