MICHEL ALBERT : BONNE SANTÉ
« La multiplication des dépenses de santé répond à l’une des peurs collectives les plus angoissantes de notre époque.
Quand nous offrons nos vœux au Nouvel An, nous nous souhaitons d’abord une bonne santé.
Ce n’est pas un hasard.
Toutes les études sociologiques montrent que l’aspiration première de nos contemporains est la santé.
On peut y voir un étrange paradoxe.
La disparition dans les pays développés, de la plupart des épidémies et des maladies infections qui ont décimé les hommes au cours de l’histoire aurait pu les conduire vers d’autres préoccupations.
Bien au contraire.
Il se passe ici le même phénomène que celui qu’analysait Tocqueville à propos des privilèges et des inégalités sociales : c’est dans la mesure où les inégalités diminuent qu’elles deviennent insupportables.
De même, alors que la durée moyenne de la vie humaine a doublé dans notre pays, la santé y est devenue une véritable obsession.
Une sorte d’angoisse métaphysique.
Nous sommes la première génération qui, ayant fermé l’accès à tout au-delà, se trouve confrontée à la mort définitive.
Aujourd’hui, la mort est un néant.
Elle est néant.
Ce que nous demandons en réalité aux médecins ce n’est pas tellement de soigner nos maux, mais d’être les dispensateurs miraculeux du bonheur, de jeunesse.
Et cela pour l’éternité.
Voilà pourquoi la demande de santé est quasi infinie.
Voilà pourquoi, si dans nos sociétés éclatées, il subsiste un consensus général au point d’apparaître comme un impératif catégorique, c’est bien l’idée que la santé n’a pas de prix.
Pas de prix pour les individus.
Mais un prix élevé pour la collectivité ; un prix qu’elle paie sous forme d’impôts et de taxes.
Les dépenses de la Sécurité Sociale sont ainsi devenues – et de beaucoup – celles qui contribuent le plus à l’augmentation des impôts et à l’aggravation des déficits publics. »
(Michel Albert)
"La grandeur d'un métier est peut-être avant tout, d'unir les
Hommes.
Il n'est qu'un luxe véritable et c'est celui des Relations Humaines.
En travaillant pour les seuls biens matériels, nous batissons nous-mêmes notre prison, avec notre monnaie de cendre qui ne procure rien qui vaille de vivre."
Antoine de Saint- Exupéry