HANNAH ARENDT : PENSER LE TOTALITARISME
« Les origines du totalitarisme » d’Hannah Arendt est une véritable cartographie des maux du XXe siècle, une œuvre maîtresse pour
comprendre comment les peuples ont pu adhérer à l’idée du génocide.
Comment on accepte l’inacceptable : l’inutilité de l’existence, la sensation d’être de trop, le refus de l’Autre.
Hannah Arendt décrit l’homme comme un animal politique, c’est-à-dire quelqu’un qui, par définition, vit en communauté, mais l’homme est aussi un être qui désire le pouvoir, un être dénué de raison, sans libre arbitre, régi par la peur, incapable de vérité et de responsabilité.
Hannah Arendt est l’une des initiatrices de la pensée du phénomène totalitaire : le XXe siècle a accouché d’un nouveau monstre, le totalitarisme, et la face du monde s’en trouve obscurcie à tout jamais.
Dans le totalitarisme, la violence devient le fondement du politique, et la destruction du corps de la communauté le moyen d’y parvenir.
L’homme se transforme alors en un être sans raison, sans liberté, sans responsabilité, un pion sur l’échiquier de la société, une valeur marchande à la hausse ou à la baisse selon les circonstances.
Une société sans foi ni loi, fondée sur l’accumulation du pouvoir et de l’argent, régie par le rapport de forces.
Hannah Arendt décrypte ce monde de fiction, crée de toutes pièces par le totalitarisme, ce monde qui n’existe pas mais auquel ont adhéré, sous l’emprise de la propagande, des millions de personnes.
Elle détaille les mécanismes d’adhésion, d’acceptation, d’élan même des masses – c'est-à-dire potentiellement de nous tous – vers le totalitarisme.
Dans son analyse du totalitarisme, seules les masses existent, non les personnes ; et les masses, sans qu’on les y ait contraintes, ont accepté de leur plein gré l’asservissement.
Le système totalitaire efface toute individualité.
Le point d’orgue est l’importance du déni de la mort : la victime du système totalitaire est littéralement effacée du monde des vivants.
Comment le monde peut-il continuer à exister ?
Peut-on croire encore au genre humain alors que le totalitarisme a rendu l’homme superflu ?
D’autres auteurs démontrent comment l’homme même asservi par la terreur qui ne laisse que peu d’espace – mais un espace tout de même – pour continuer à être un homme, c’est-à-dire un être de liberté, de dignité, de responsabilité.
Pour Hannah Arendt, le totalitarisme est par essence attentatoire à la possibilité de la liberté.
Dans son analyse, elle met en lumière, non la capacité de résistance de l’homme, mais sa volonté d’adhésion à l’oppression.
Pour elle, la logique du totalitarisme tend à effacer la distinction entre le fait brut et la fiction, le vrai et le faux.
C’est ce qui se produit quand les gens perdent le contact avec leurs semblables : ils perdent à la fois leur faculté d’expérimenter et celle de penser.
Apocalyptique comme Martin Heidegger, dont elle partage les thèses sur la fin de l’Histoire et le règne du mal, elle prolonge sa pensée en l’optimisant : si l’homme est un être vers la mort chez Heidegger, il est aussi pour elle un être pour la vie, de la vie, comme la vie, dans la vie qui est, par essence, éternel recommencement.
Chaque fin de l’Histoire contient nécessairement un nouveau commencement.
Le commencement est la promesse, la suprême capacité de l’homme, la marque indélébile et indestructible de sa liberté :
« Ce commencement est garanti par chaque nouvelle naissance : il est, en vérité, chaque homme. »
Voir également :
"La grandeur d'un métier est peut-être avant tout, d'unir les
Hommes.
Il n'est qu'un luxe véritable et c'est celui des Relations Humaines.
En travaillant pour les seuls biens matériels, nous batissons nous-mêmes notre prison, avec notre monnaie de cendre qui ne procure rien qui vaille de vivre."
Antoine de Saint- Exupéry