ÉVOLUTION DE LA
SOCIÉTÉ
L’esprit des années 70 exprimait une confiance en la capacité de l’homme de changer le monde.
Les grandes puissances de l’époque, et jusqu’aux Nations Unies, se proposaient deux objectifs extraordinaires : envoyer un homme sur la lune et supprimer la faim dans le monde… avec les résultats que l’on connaît.
Les années ont passé et le monde a beaucoup changé, sans que la vie de l’homme se soit améliorée.
Les blessures intimes sont profondes et le scepticisme devant le changement, la perte de confiance, la peur et l’insécurité assiègent l’homme de toute part.
Pour preuve, la prolifération des grilles, murs et systèmes de sécurité qui isolent et protègent.
Dans les années 90, l’atmosphère a changé, au point qu’un visionnaire, Francis Fukuyama, se mit à proclamer ‘’la fin de l’histoire et le dernier homme’’ comme une invitation à renoncer à l’utopie et à l’engagement : il n’y a plus ni projet ni histoire, car celle-ci se perd dans un labyrinthe d’histoires individuelles sans aucun lien entre elles.
C’est la désillusion et l’homme, pour se protéger, se replie sur lui-même, essayant de sauver l’essentiel.
On passe de l’objectif au subjectif, de l’engagement à l’intimisme, de l’euphorie au désenchantement.
Qu’il soit bien clair cependant qu’en parlant ainsi il ne s’agit pas d’insinuer que dans le passé tout allait mieux.
Le désenchantement de la ‘’postmodernité’’ n’est pas totalement négatif.
Il porte en lui une forte charge prophétique pour dénoncer une conception du progrès qui n’a pas rendu l’homme plus heureux, et une volonté de changement qui sacrifie l’homme sur l’autel des idéologies et le présent sur celui de l’avenir.
L’un et l’autre ont chacun leur valeur et supposent l’art difficile d’intégrer sans exclure.
L’homme d’aujourd’hui n’a pas les mêmes idéaux que celui des années 70.
Après la mystique de l’engagement prédomine un mysticisme d’allure individualiste, ‘’sans prochain ni histoire’’ : l’homme se replie sur lui-même comme pour protester contre une rationalité excessive et une programmation de l’efficacité qui menacent de le robotiser.
La société est passée de l’axiome cartésien : « Je pense, donc je suis », à un autre plus domestique et intime : « Je sens, donc j’existe », après avoir été harcelée par une publicité qui proclamait sans pudeur : « J’achète, donc j’existe » !
La violence de la pauvreté déshumanise autant que la violence commerciale.
Après la perte de confiance dans les projets de transformer la société, il ne reste à l’homme qu’à concentrer ses forces sur sa réalisation personnelle.
Une préoccupation neurasthénique de la santé se manifeste par l’obsession des thérapies, la diététique, la psychanalyse…
L’homme peut renoncer à l’engagement social, mais pas à la recherche du bonheur.
L’horizon se rétrécit, mais ce qu’il veut sauver, et qui n’est pas méprisable c’est la personne.
"La grandeur d'un métier est peut-être avant tout, d'unir les
Hommes.
Il n'est qu'un luxe véritable et c'est celui des Relations Humaines.
En travaillant pour les seuls biens matériels, nous batissons nous-mêmes notre prison, avec notre monnaie de cendre qui ne procure rien qui vaille de vivre."
Antoine de Saint- Exupéry