EDITH STEIN ET L’EMPATHIE
Edith Stein a cerné le sens ainsi que les modalités de l’empathie (Einfühlung).
L’homme ne peut douter de sa propre existence qui ressent et expérimente des émotions successives (joie, tristesse, compassion…).
Poursuivant sa démarche, Edith Stein parvient à un second constat : l’existence indubitable de l’autre.
En voyant un visage triste, l’homme peut arriver, avec prudence et circonspection, à la conclusion que l’autre est triste.
Evidemment, il doit prendre garde aux erreurs d’interprétation, étape nécessaire s’il veut assurer la validité de son interprétation.
L’empathie est cette ‘’espèce fondamentale d’actes intérieurs dans lesquels l’homme saisit ce que l’autre est en train de vivre ; c’est l’expérience de la conscience d’autrui, la manière dont il saisit la vie psychique de son semblable’’.
L’empathie est donc le processus par lequel l’homme devine ce que vit l’autre à partir de ce qu’il perçoit extérieurement.
Celui qui pratique bien l’empathie pourrait être décrit dans le langage courant comme un ‘’fin psychologue’’.
Mais en elle-même, l’empathie n’est pas liée au fait que l’homme ressente vraiment en lui ce que l’autre ressent.
De son visage contracté, l’homme peut deviner la tristesse de l’autre sans l’éprouver lui-même, par exemple s’il est submergé par une sensation de joie profonde.
Il peut, comme le dit Edith Stein, y avoir conflit de sentiments en lui : une joie profonde entre en conflit avec le sentiment de tristesse éprouvé du fait de l’interprétation du sentiment de tristesse de l’autre.
L’empathie n’est donc pas une sympathie émotionnelle qui fait ressentir ce que ressent l’autre, mais la connaissance intérieure de ce que vit l’autre, la faculté de reconstituer en quelque sorte la perspective de l’autre.
Ce qui amène Edith Stein à parler de l’enrichissement qu’apporte la pratique de l’empathie.
Chaque perspective personnelle est un petit centre du monde autour duquel s’organise sa vision de celui-ci.
En saisissant la perspective de l’autre, l’homme ‘’enrichit sa propre image du monde’’ et cela permet de se situer correctement dans le monde qui l’environne.
De plus ses erreurs d’interprétation peuvent apprendre à l’homme beaucoup sur lui-même.
Edith Stein déconseille de ‘’juger d’autrui par soi-même’’.
Ce n’est que par un discernement de ses propres raisonnements et motivations, et par le va-et-vient entre ses déductions et ses observations que l’homme peut corriger d’éventuelles erreurs.
L’empathie se présente comme un correctif à de telles erreurs.
Il est possible qu’un autre juge ‘’plus correctement’’ que soi-même et procure de la clarté sur soi-même.
L’empathie permet ainsi une meilleure connaissance de soi.
L’empathie est certes la perception intérieure de ce que l’autre vit.
Mais l’empathie ouvre aussi, selon Edith Stein, une autre perspective : celle de se comprendre soi-même comme membre d’un ensemble.
Le sentiment que l’homme devine chez l’autre et le même sentiment qu’il ressent pour la même raison donnent l’impression d’une complicité.
C’est ainsi que la perception de son propre sentiment et son interprétation du sentiment de l’autre, ouvrent au sentiment d’appartenir à un même ensemble.
Voir également :
"La grandeur d'un métier est peut-être avant tout, d'unir les
Hommes.
Il n'est qu'un luxe véritable et c'est celui des Relations Humaines.
En travaillant pour les seuls biens matériels, nous batissons nous-mêmes notre prison, avec notre monnaie de cendre qui ne procure rien qui vaille de vivre."
Antoine de Saint- Exupéry