Vendredi 29 janvier 2010 5 29 /01 /Jan /2010 03:00

DÉVELOPPER LE SERVICE DE LA PERSONNE

 

 









Un certain nombre de priorités sont à privilégier pour qui veut servir la personne dans l’Entreprise :

 

 

Favoriser l’accès au sens

 

 

La première priorité est de favoriser l’accès au sens. Souvent, il s’agira de permettre de répondre au sens en tant que causalité ou finalité : Pourquoi ? Pour quoi ? Pour qui ?

 

Le « pourquoi » en un seul mot permet aux personnes d’évaluer leur contribution.

 

Quel est le sens de la tâche que j’accomplis, la plus value que j’apporte ?

 

Le second, en deux mots, envisage le sens plus global de l’action, ses finalités ultimes.

 

« Pour qui » envisage la finalité et l’impacte humain de nos actions.

 

On remarque que bien souvent les activités des salariés ne sont pas contextualisées. Il leur est demandé d’accomplir une tâche, mais sans que le sens de cette tâche soit pris en compte ou simplement évoqué.

 

Resituer l’action dans un processus est porteur de sens et d’appropriation personnelle et collective du travail.

 

Par ailleurs, le sens se développe si la personne est respectée dans toutes ses dimensions et si chacune de ces dimensions peut se développer ou s’exprimer.

 

C’est la dimension du corps (soma). Elle est à prendre en compte dans la gestion du temps, dans celle de la fatigue, dans les rythmes, la sécurité au travail, l’hygiène..

 

Le sens advient par le respect d’une seconde zone de l’être, la dimension psychique (psyche).

 

Sans doute, l’entreprise n’a pas à être intrusive, ni à dépasser son domaine de légitimité. Elle peut intervenir dans un rôle de régulation au for externe, par exemple en sanctionnant  des comportements inadéquats, mais elle s’interdit d’agir sur le for interne des personnes, par exemple sur leurs choix de vie, leurs options politiques…

 

Le domaine psychique est important, car de son respect dépendra souvent la motivation des personnes ou le climat interne de l’entreprise.

 

Le sens passe enfin par le respect et la possibilité de développement intellectuel.

 

La capacité de nourrir son intelligence, de développer ses compétences est sans doute essentielle pour vivre du sens.

 

La formation, l’investissement de l’intelligence dans les tâches à accomplir contribuent à la dimension personnelle et personnalisante de l’action.

 

Les valeurs, l’intelligence du cœur sont une ouverture majeure qui éclaire, anime ou transfigure nos engagements et ceux d’autrui.

 

 

Favoriser les vraies relations

 

 

Les relations inter-personnelles ou d’équipes représentent une seconde priorité.

 

Il est légitime qu’une personne qui travaille puisse aspirer à être soi-même et à nourrir des relations vraies y compris dans son activité professionnelle.

 

Ceci suppose une culture d’entreprise qui favorise l’altérité, c'est-à-dire une identité forte de chacun des acteurs.

 

Réciprocité, écoute, décentrement de soi pour intégrer la position de l’autre, comprendre son cadre de référence contribuent fortement à créer cette culture qui développe à la fois la vie personnelle et la construction d’une intelligence collective.

 

 

Développer les talents

 

 

Un troisième axe du service la personne est de favoriser le développement à tous les niveaux.

 

On est parfois surpris que telle personne ayant des fonctions modestes en entreprise exerce par ailleurs de fortes responsabilités associatives.

 

Une des missions essentielles du management est de détecter les talents, mais plus encore de révéler aux collaborateurs leurs capacités et leurs richesses. C’est toute l’attitude de ce que les anglo-saxons nomment « l’empowerment ».

 

Plus que de l’encouragement, cette attitude consiste à aider le collaborateur à se mettre dans son énergie de vie et de développement.

 

C’est une invite basée sur la confiance dans la capacité de développement d’autrui.

 

Nos croyances sur autrui influencent beaucoup sur ses capacités de développement.

 

« Un autre regard fait d’autres hommes » dit un proverbe néerlandais.

 

Bien souvent, on constate dans les groupes humains des systèmes mortifères basés sur des économies de pénuries : ne pas trop montrer à autrui son estime, taire ses talents de peur qu’ils nous fassent de l’ombre.

 

D’autres voies sont à explorer basées sur une économie d’accroissement.

 

Il s’agit d’un renversement de paradigme où mon talent n’est pas fait pour moi, mais pour autrui et le talent d’autrui est fait pour moi.

 

La vie s’oriente donc vers la joie du don réciproque et libère toute l’énergie que nous mettions à nous protéger, à suspecter, en dynamisme de vie.

 

Il y a là un choix à faire, mais aussi une réflexion à mener sur ce qui permet ce changement de posture.

 

Il est clair que le changement d’optique est générateur de confiance et invite à l’audace des acteurs.

 

Un courant d’individualisation croissante fait que chacun nourrit de plus en plus en plus d’opinions personnelles et a envie d’être respecté.

 

 

Permettre l’engagement

 

 

Permettre le développement n’a de sens que si l’on permet l’engagement.

 

Les talents se développent si on les risque.

 

Le levier le plus puissant en ce domaine est l’exercice d’une vraie subsidiarité. Elle dépasse la simple délégation de pouvoir et consiste à donner le pouvoir à l’échelon le plus en prise avec le terrain.

 

Le manager doit pousser le pouvoir vers le bas et développer l’autorité. Le mot autorité étant à comprendre dans sa racine latine auctor : celui qui fait ou permet de grandir.

 

Vivre la confiance

 

 

Peut-on faire confiance à l’homme ?

 

Si la confiance est le fruit d’un vrai service de la personne, elle en est aussi la condition.

 

Le nerf de la motivation c’est la confiance.

 

Confiance exposée =  pari risqué.

 

L’alchimie de la confiance a une part irrationnelle, pourtant  certaines de ces composantes sont repérables : vérité, fidélité, respect d’autrui, accueil et estime de l’autre a priori, une part de sécurité…

 

 

Les obstacles de la confiance sont de même identifiables : l’excès de compétition, le soupçon, l’excès de défense ou de contrôle, les tons cassants, critiques, vexants…

 

Bien souvent, la clé de la confiance résidera dans une mutation du sens du pouvoir : passer d’un pouvoir de domination à un pouvoir de service.

 

 

Vivre la gratuité

 

 

Le mot gratuité n’est pas forcément le bienvenu dans le monde du tout quantifiable.

 

Cependant, l’homme est ouvert au gratuit.

 

Les cyniques penseront le contraire, mais il leur échappera sans doute le plus précieux de la vie.

 

La gratuité ne signifie pas un abandon des perspectives de rentabilité – une entreprise doit être rentable sinon elle disparaît -, elle affirme que la vie et les relations humaines ne se limitent pas au pur utilitarisme et à l’instrumentalisation d’autrui.

 

La gratuité est l’émergence de l’altérité.

 

Je reconnais l’autre comme Autre.

 

C’est la clé du management performant.

 

 

 

Par ROMAIN BERNARD - Publié dans : Rediffusion - Communauté : Ressources Humaines
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Relations Humaines

"La grandeur d'un métier est peut-être avant tout, d'unir les Hommes.

Il n'est qu'un luxe véritable et c'est celui des Relations Humaines.

En travaillant pour les seuls biens matériels, nous batissons nous-mêmes notre prison, avec notre monnaie de cendre qui ne procure rien qui vaille de vivre."


                                                                                                                                       Antoine de Saint- Exupéry 

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