AUSCHWITZ : PENSER L’IMPENSABLE
Comment comprendre l’incompréhensible, concevoir l’inconcevable, imaginer l’inimaginable.
Quels sont les hommes qui peuvent faire ça ?
Pas des hommes qui font ça.
Et pourtant.
Des hommes.
L’inhumanité de l’homme.
L’incarnation de l’inhumanité.
Ce sont des hommes qui ont accompli tous ces forfaits, sans avoir eu pour autant conscience de la nature criminelle de
leurs actes.
Il eût été réconfortant de croire qu’ils étaient des monstres.
C’est leur normalité qui est monstrueuse.
Ils étaient terriblement et effroyablement normaux.
Leurs actes étaient monstrueux mais ils étaient tout à fait ordinaires.
Ils ne rencontrèrent personne, absolument personne, qui s’opposât à la Solution finale.
Pourquoi cet effondrement de la conscience de soi, cette perte assumée de la morale
commune ?
Comment peut-on accomplir le mal sans penser qu’on le fait ?
Comment expliquer qu’il y ait eu destruction institutionnelle et industrielle d’êtres humains par millions et que des
hommes aient exécutés ces actes, en étant serviles, sans honneur, obstinés, avides, lâches mais aussi passifs ?
Comment des hommes normaux peuvent-ils devenir en toute lucidité et sans mauvaise conscience des
bourreaux ?
Face à la terreur, la plupart des hommes s’inclinent.
Ce ne sont pas ces hommes qui, par nature, étaient monstrueux, c’est le système qui les a rendus ainsi en effaçant en eux
la frontière de la perception entre le bien et le mal.
« Auschwitz fut l’œuvre de la liberté humaine, cette liberté de faire le Bien ou le Mal.
Jusqu’alors ce qui arrivait était ce qu’ordonnait la loi de la nature.
Mais désormais il est impossible de rendre responsable de ce qui arrive une quelconque puissance supérieure ou l’aveugle
nécessité. »
(Hans
Jonas)
Freud,
dans Totem et tabou, réactualisé en 1945 écrit :
« La
société repose désormais sur une faute commune, sur un crime commis en commun. »
La banalité du mal.
Le mal, monstrueusement banal, s’est développé sur le terrain de la vie ordinaire.
Ils ont déshonoré à tout jamais l’espèce humaine et ils ont continué tout de même à habiter cette
terre.
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