RUPTURES
La crise actuelle est née de deux ruptures principales.
La première date des années 1980 : c'est la révolution financière qui met la Bourse aux commandes des entreprises.
Elle y institue un nouveau mode de gestion.
Les entreprises cessent d'être des organisations au sens où on l'entendait dans les années 1950 et 1960, favorisant les carrières longues et la loyauté des
salariés.
Elles visent désormais l'efficacité immédiate.
Le bonus prend la place de l'ancienneté comme mode de gestion des ressources humaines.
Comme l'a montré Maya
Beauvallet dans son livre Les Stratégies absurdes (Le
Seuil), les impératifs de performance immédiate tendent à cannibaliser tous les autres.
Le souci du travail bien fait, la loyauté à l'entreprise disparaissent, seul compte l'objectif fixé, quelles que soient les pathologies qui en
résultent...
La mondialisation est la seconde rupture qui a bouleversé le monde.
Elle permet aux pays émergents de s'industrialiser, ce qui produit deux effets de sens contraire : baisser le prix des produits industriels et monter le prix des matières
premières.
Grâce à elle, les gens paient de moins en moins cher leurs écrans plats et leurs iPod, et de plus en plus cher leurs dépenses de base : le chauffage, la nourriture et les
déplacements.
L'économie mondiale avance en appuyant à la fois sur l'accélérateur et le frein.
Les secousses brusques sont devenues inévitables.